La beauté de Tana par Rafaramalala Nirina (candidat #36)

Tananarive, une ville au charme maussade et désuet.
Qualificatif un peu péjoratif, mais avec un soupçon de vérité ;
car c’est l’image de Calcutta avec ses bidonvilles qui vient en tête.
Malheureusement, dans certains quartiers elle est encore méritée.
Or c’est dans la laideur que réside la beauté, une expression très appropriée pour décrire impartialement cette entité.
Car tel un beau prince caché sous le masque de la bête,
la Tananarive de Madagascar a aussi son histoire à raconter en matière de facette.

Une ville construite sur le flanc d’une colline où la montée et descente est monnaie courante.
L’urbanisation peu amène, les maisons sont entassées, empilées, peu distantes.
Une ville cosmopolite où la grande île entière est représentée ;
chaque peuple ethnique de chaque région du pays y est rassemblé.
Les langues variantes, différentes et si similaires se délient, mais se comprennent.
Sans parler de ces étrangers qui arrivent, y circulent, et reviennent ;
car finalement l’herbe est plus verte, les avantages pleins.
Le potentiel de Tana se trouve dans cette capacité à réunir ce monde éclectique en son sein.

Une ville qui a, à la fois un air « campagnard » avec ses rizières, mais aussi « moderne » ; l’infrastructure vieillotte et abîmée pourtant encore fonctionnelle.
Certes, c’est une ville polluante et bruyante, mais sous ses crasses ;
chaque individu qui y vive, trouve un peu sa part de paillette et de strass.
Elle est aussi vibrante, perpétuellement vivante dès l’aube au crépuscule,
c’est ce qui fait la réputation indissociable et intégrante de la grande île.

Dès le soleil levant voire même avant le chant des coqs, à l’aube,
les fermiers, agriculteurs, paysans et le monde rural des faubourgs
se raniment pour rejoindre, transporter, vendre leurs produits et récoltes
dans les divers marchés, disséminés dans la ville, aux allures désinvoltes.
Une ville où les charrettes à bras chargées font encore leur apparition,
circulant entre piétons et voitures allant dans la même direction.
Une ville où les rares diligences, transport mythique d’une autre époque
sont encore visibles avec leur coup de sabot perceptible sans anti choc.

Une ville bourdonnante, débordante d’activités avec ses coups de klaxon et ses bouchons, sans oublier ses marchands ambulants et ses vendeurs parlants ;
tels de colporteurs qui interpellent, crient, hurlent et vantent leurs produits
à coup d’interjection, mais aussi de chant, de slam et de poésie.
Pas en reste, à chaque coin de rue, les mendiants ingénieux
rivalisent en représentation à qui mieux attirent les passants.
Des artistes en herbe tels des pros réclamant aux donateurs généreux ;
Un peu de sou, un peu de présent, pour ne pas rester les bras ballants.

Un autre aspect de la ville, scintillant mais parfois peu reluisant,
Au crépuscule où les volets clos, les portes fermées et les lumières allumées ;
Elle renaît à travers les karaokés, discothèques, casino et restaurants.
Ainsi que son côté sombre au couloir et rue où traînassent les prostitués.
Certes, tout cela est semblable et visible dans d’autre cité ;
et les points de vue diffèrent en matière de laideur et de beauté.
Tana est tout de même une ville où les habitants sont des battants.
C’est ce qui fait d’elle un endroit atypique, mais tout à fait charmant.

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Plume Stileex
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