Ce texte est candidat au concours littéraire La Plume Stileex
Thème 2018 : La Beauté de Tana
Les œuvres présentées et publiées sur le site dans le cadre du concours littéraire La Plume Stileex sont le travail de personnes extérieures à l'équipe éditoriale. En conséquence, les avis, jugements et points de vue présentés dans chacune d'elles n'engagent que leurs auteurs respectifs et ne reflètent en aucun cas ceux de la Revue Stileex. Également, dans un souci d'équité et surtout pour ne pas dénaturer le travail des candidats, nous n'avons pas corrigé les textes et les présentons donc tel que nous les avons reçus.
Vous pouvez noter cette œuvre en bas de page. Les votes du public sont ouverts jusqu'au 18/11/2018. En savoir plus sur le concours La Plume Stileex 2018
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Mahamasina, neuf heure du matin, nos parents étaient partis travailler, il faisait froid dehors. Galie (diminutif de Magalie) ma grande sœur était assise sur une chaise, moi sur mon lit j’étais un peu pensif ; Galie aimait bien me narguer, me voyant perdu dans mes pensées, stylo en main, elle me dit : «  Tu fais quoi là ? On dirait un mort-vivant ? » «  Mon abruti de frère est entrain d’écrire un journal intime » dit elle en ricanant. Elle voulut prendre le cahier sur lequel j’étais entrain d’écrire mais j’ai réussi à l’écarter avec un grand geste de la main.

-Mais que me caches-tu là ?
-Rien ! Lui répondis-je
-C’est cela oui !

Il eut alors un moment de silence, j’hésitais en fait à lui poser la question qui me titillait, mais finalement je m’étais décidé à le faire :

-Galie ! Est-ce que tu trouves que Tana est belle ?
-C’est quoi comme question ? dit elle ahurie, puis se moquant de moi, elle sortit de ma chambre.
Dix minutes plus tard, Galie était revenue, elle avait apporté mon cache nez et mon blouson ;
-Viens, dit-elle, on sort un peu !
– Mais il caille dehors, lui rétorquais-je
-Viens ! Ne discute pas ! »

Lorsqu’on se trouvait dehors, dans la rue, elle me reposa gentiment la question :
-Ta question sur Tana, c’est pourquoi faire ?
– C’est quelque chose que j’écris
– Tu sais dit elle soudain d’un air sérieux, Tana la capitale de Madagascar m’a vu grandir mais je me suis jamais posé la question et pourtant j’aime cette ville. C’est plutôt sa laideur qui apparait au premier abord, les ordures entachées ici et là et des pauvres sans abris qui trainent aux alentours ; mais aussi cet air pollué et lourd, les embouteillages, les gens qui se piétinent et les petits marchands qui existent à chaque coin de rue ; Alors quelle beauté cette ville peut bien avoir ?

J’étais encore absorbé à l’écouter et à réfléchir à ce qu’elle venait de me dire quand elle me tira soudain de l’autre côté du trottoir ;
-Est-ce que tu trouves cela beau ? me demanda-t-elle en pointant du doigt le paysage qui se trouvait au dessus de nous ;

Je levais la tète, c’était le spectacle unique propre à une ville située en haut plateau, des maisons de couleurs diverses allant du blanc, du jaune, du vert et du grenat etc. étaient comme suspendues dans les rochers entourées d’arbustes verdâtres ; Et au dessus de tout cela comme une couronne : le palais de la reine, grand et imposant ; de l’autre côté de ce monument, la cathédrale d’Andohalo.

-Oui, lui répondis je, je trouve cela beau, digne même d’une carte postale
-Viens, me dit-elle, il faut que je t’emmène là haut.

Elle voulait parler d’Andohalo ; pour monter de Mahamasina à Andohalo, on pouvait choisir soit de faire les quatre cent marches soit de faire un petit détour vers Ambatonakanga, nous avons choisi cette seconde option ; Il était certes fatiguant de monter la pente mais c’est un des rares endroits calmes et majestueux de Tana ;

Galie jouait un peu le guide touristique bien que je savais qu’elle n’était pas un spécialiste, il y avait surement du vrai dans ce qu’elle me racontait : « Dans les temps de la royauté, me dit elle, c’est ici que les « Andriana » c’est-à-dire les nobles habitaient. Et aujourd’hui encore, on s’aperçoit à travers les architectures des maisons d’un certain archaïsme mêlé d’une splendeur bourgeoise typique de ce genre d’endroit ; la forme triangulaire des toits, les « tafo kapila » c’est-à-dire des tuiles fabriquées à partir de terre cuite, les murs en briques agréablement agencé ; tout ici respire la bourgeoisie. »

Après avoir monté la petite pente qui va d’Ambatonakanga à Andohalo, nous voilà en haut. On peut contempler à présent Mahamasina là où on était avant. D’ici, la ville et les gens semblent minuscules, c’est le même paysage mais vue d’en haut, les maisons forment maintenant comme une cascade et en bas au centre s’impose l’humble Stade de Mahamasina. Si on étend notre regard plus loin, on peut voir à quel point Tana est vaste. On peut par exemple voir droit devant le lac d’Anosy et la statue de l’ange noir (« Anjely mainty »), un héritage de la colonisation. Si on continue encore le chemin dans ce sens on chemine à Ampefiloha vers Isotry, Andavamamba et 67Ha. A droite de ma vue, s’étend le même chemin d’Anosy mais qui s’étend vers Analakely ou Ambohijatovo vers Ankatso dans des cheminements tellement variés. A ma gauche, on peut apercevoir Anosibe et Anosizato, une ville très habitée qualifiée assez souvent de bas quartier. D’ici elle apparait toute petite mais on peut voir la route qui la longe.

Encore un peu plus à ma gauche, on peut voir Andrefan’Ambohijanahary qui chemine vers Soanierana et plusieurs intersections vers des destinations multiples. Il y a surement des villes que l’on aperçoit d’ici mais que je n’arrive pas à reconnaitre et cet horizon qui s’offre à ma vue n’est que la face visible offerte à ma perception, car au-delà et derrière moi, s’étend le grand Tana. Il s’agit d’une aperçue de cette étendue de la capitale. Et vue d’ici, elle est vraiment belle dans cette immensité comme lorsqu’on contemple les étoiles la nuit et que l’on s’émerveille devant l’infini ; ici aussi c’est la même émotion, mais contradictoire, devant l’immensité d’une ville, on s’imagine qu’il y a des millions d’âmes qui y vivent, mais cette immensité semble si petite, vue d’en haut, telle des fourmis et des maisons de fourmis, la vue d’un tel paysage suffirait à échauffer l’esprit d’un philosophe dans des réflexions sur la vanité de l’entreprise humaine et sur notre petitesse devant la vaste étendue.

-Tu comprends, dit Galie, Tana est si grande que tu pourrais passer toute ta vie à écrire dessus mais tu n’épuiserais pas le sujet ni sur sa beauté ni sur son histoire.

Je lui répondis que sans chercher plus loin, j’ai découvert ici ce que je cherchais, devant cet horizon à perte de vue, la beauté de Tana.

Nous descendions alors lentement la pente qui va vers Ambatonakanga, moi j’étais satisfait de ma petite recherche qui s’était aboutie plus vite que prévue. Mais Galie m’avait dit qu’elle avait encore quelque chose à me montrer et qu’il était encore trop tôt pour renter. Nous descendions alors tout doucement d’Ambatonakanga vers Antaninarenina, quartier que j’aime bien aussi à cause de sa propreté, des grands magasins et grands hôtels des ressortissants étrangers : Français, Italien, Arabe, Indien etc. ; C’est aussi un quartier chic de Tana mais en plus moderne.

Nous descendions la grande marche qui descend vers Analakely et ici toujours cette foule de gens qui se piétinent, ces marchands au coin de rue. Galie savait que je n’aimais pas vraiment cela. Elle me dit en souriant : « Cette masse immense de personne peut sembler intimidante au premier abord, mais quoi, dans le fond, c’est aussi ce qui fait le charme de cette ville, qu’il y ait énormément de gens. Prendre un bain de foule est parfois agréable. Combien de fois n’étais je pas entrée dans cette foule lorsque je n’avais rien à faire pour déstresser un peu ? Il ne fait aucun doute que je m’ennuierais à mourir si tous les recoins de la ville étaient calmes et inhabités. »

Nous marchions encore quelques minutes, nous visitions quelques magasins qui vendaient des articles de décoration, de vêtements etc. Puis au bout d’un moment elle me dit: « J’avais envie d’un bain de foule, rassasiée et satisfaite, je trouve qu’il est temps de renter »

Sur le chemin du retour nous vîmes quelque enfants de sans abri jouer au ballon mais que dis je, ils n’avaient pas de ballon mais une bouteille en plastique à la place. Ces enfants sales et mal habillés, ils avaient encore la force de sourire malgré la condition précaire où ils étaient.

Galie s’était arrêtée :
-Mais que serait Tana, me dit-elle, sans ces enfants là ? Ces petits mendiants entre l’innocence de l’enfance et l’inquiétude de la misère, entre le sourire des jeux et les larmes de l’affamé qui n’a encore rien ingurgité de la journée ; entre la vitalité de la jeunesse et la laideur de la pauvreté, entre espoir et désespoir ? Certes ce sont des mauvaises choses mais c’est aussi le propre d’une ville comme la notre, dans un pays sous développé, mais non dénué de beauté ; comme un amant, on l’aime avec ses défauts. Et parfois même c’est en cela que réside la beauté, celle-ci n’étant pas forcement la perfection ; Si tu dois écrire quelques choses sur la beauté de Tana, tu dois parler de tout cela, tu comprends ? » Me demanda-t-elle d’un regard interrogateur.
-Oui, lui répondis-je timidement.

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RANAIVOSON
Invité
RANAIVOSON

C’est vraiment un bon texte qui définit à peu près tout ce qui fait la beauté de Tanà. Ce fût un plaisir d’avoir pu voyager un peu partout dans la ville à travers seulement la lecture. Et surtout tu ne manques pas d’inspiration quant au scénario qui s’intègre naturellement dans le contexte.

Barison Nancy
Invité
Barison Nancy

Peux tu proposer 2 solutions pour l’ avenir des jeunes sans abris .