Black bloc « ça casse où ça passe », un regard derrière le masque

« Les débordements se multiplient et marquent profondément cette journée du 1er décembre : voitures brûlées, pillage de magasins, prise d’assaut de l’Arc de Triomphe. Personnellement, j’attribue plus le saccage de ce précieux monument au black bloc qu’au mouvement des gilets jaunes purs ». Rappelez-vous de cette phrase, vous l’avez lu quand une Malgache a donné son avis sur le mouvement des gilets jaunes. Mais qui sont ces gens qui sèment la terreur sur leur passage ? Que veulent-ils ? Sont-ils les grands méchants loups de l’histoire ? À qui profitent leurs actions en vrai ? Trouvez vos réponses dans cet article.

Qu’est-ce que le « black bloc » ?

Le black bloc est une structure éphémère de l’extrême gauche, hostile aux institutions et anarchique. Il regroupe un certain nombre d’individus, généralement entièrement vêtus de noir et aux visages masqués, qui manifestent lors de regroupements généraux et qui mènent des actions directes parfois violentes. Ainsi, il est surtout question d’un black bloc de 5 000 personnes et non de 5 000 black blocs.

Pour que ce soit plus clair, je vais citer ici M. Manuel Valls.

«Le Black Bloc forme, dans les manifestations, des groupes éphémères, dont l’objectif est de commettre des actions illégales, en formant une foule anonyme non identifiable. C’est la raison pour laquelle ces individus portent des vêtements noirs ou très sombres, ce qui rend difficile le travail d’identification et d’interpellation. Ils s’habillent ainsi au dernier moment et changent immédiatement de tenue une fois les exactions terminées.»

Manuel Valls, 2014

Ce mouvement, difficile à infiltrer, est dit éphémère, car il se forme avant la manifestation et disparaît dès la fin de cette dernière. Il n’a donc ni chef ni membres, chacun manifeste selon sa volonté et agit au gré des événements.

La mouvance se forme généralement en marge de manifestations, en mode action directe : destructions de banques, de bâtiments d’institutions officielles ou de sociétés multinationales, magasins, caméras de surveillance, etc. Les actions sont menées principalement contre les représentants du capitalisme et non contre la population. Leurs cibles sont principalement les firmes qui exploitent le salariat, celles qui polluent, les banques qui maximisent leurs profits en gérant l’endettement collectif, etc. Les forces de l’ordre sont également visées, car elles sont considérées comme étant « le bras armé du capitalisme ».

« Qu’importe ce qu’ils votent, nous sommes ingouvernables »

Les origines du phénomène

Le phénomène black bloc trouve sa source à Berlin-Ouest dans les années 80. Alors que les policiers vidaient les squats occupés illicitement par des militants, ces derniers ripostèrent en formant le premier black bloc pour leur tenir tête. Les forces de l’ordre donnèrent spontanément le nom de « Schwarzer block » au mouvement, d’où l’appellation de « black bloc ».

En 1991, lorsque le mouvement atteignit les États-Unis à l’occasion d’une manif contre la guerre du Golfe, il fit tache d’huile à peu près partout dans le monde : aux États-Unis lors des manifestations de Seattle (30 novembre 1999 à l’occasion du Congrès de l’OMC) ou encore en Italie en 2001 lors des émeutes anti-G8 de Gênes (avec de plus en plus de violences). En 2009, le mouvement prit des proportions encore plus considérables en France.

Les « schwarzer block » à leur tout début
Les « schwarzer block » à leur tout début

Quelles sont leurs revendications ?

Le mouvement s’oppose principalement au capitalisme, aux gouvernements, aux forces policières et à la mondialisation.

Leurs messages sont visibles à travers les réseaux sociaux et des banderoles et font référence à l’anarchisme et la culture populaire à l’instar de celles qu’ils ont utilisées lors du défilé du 1er mai 2018 à Paris, à l’occasion de la journée internationale des travailleurs : « Marx attack », « Sous les k-ways la plage » ou encore « la piraterie féministe n’est jamais finie » en référence à une chanson du rappeur Booba.

Dans certaines de leurs banderoles, les black blocs font référence à l'anarchisme et à la culture populaire
Dans certaines de leurs banderoles, les black blocs font référence à l’anarchisme et à la culture populaire

Modus Operandi

Les black blocs n’ont pas spécialement recourt à des moyens très importants. Ils se mêlent aux manifestants avec, dans leur sac, de quoi assurer leur anonymat (des cagoules notamment).

Ils sont vêtus de noir par choix : d’un côté, c’est pour conserver leur anonymat, mais surtout, c’est pour symboliser l’unité et l’égalité au sein du black bloc. Il se murmure aussi que c’est en référence à la piraterie.

La solidarité est l’un des piliers forts du mouvement : la tentative d’arrestation d’un membre d’un bloc par les forces de l’ordre entraînera une action immédiate des autres membres de dudit bloc pour le libérer. Ils s’en viennent avec des marteaux et des pioches ainsi qu’avec tout ce qu’ils trouvent dans la rue. Ils n’hésitent aussi pas à se confectionner des projectiles à lancer en direction des policiers.

Cependant, tous les black blocs n’ont pas recours à la force et certains groupes sont exclusivement sur place pour prodiguer des soins.

Les membres d'un black bloc sont toujours vêtus de noir, avec des lunettes et un sac à dos
Les membres d’un black bloc sont toujours vêtus de noir, avec des lunettes et un sac à dos

Ils se reconnaissent grâce à des signes de la main et se masquent le visage une fois qu’ils forment un « bloc » suffisamment important au sein d’une quelconque manifestation.

Pour Olivier Cahn, maître de conférences à l’université de Cergy-Pontoise, ils utilisent la tactique du coucou : tout comme l’oiseau squatte le nid des autres, ils infiltrent discrètement un « nid » de manifestants totalement « légitimes » et se révèlent par surprise à un instant T pour mener leurs actions. Une fois leurs actions faites, ils réenfilent des vêtements « civils » pour mieux se fondre dans la masse. C’est cet effet de surprise qui caractérise les black blocs.

Leur stratégie de défense n’est pas sans rappeler les bancs de poissons. Pour ne pas être dispersés avant la fin de leur action, par exemple, ils se dispersent en petits groupes afin de saturer les services d’ordre. Ces petits groupes agissent de manière indépendante et simultanée afin de toujours surprendre les forces de l’ordre. Une fois fait, ils se recomposent ensuite en bloc afin d’assurer une défense solidaire.

Un black bloc sème la confusion dans les stratégies de défense de la police (Allan Barte)
Un black bloc sème la confusion dans les stratégies de défense de la police (Allan Barte)

Certains black blocs ont pour mission de protéger le mouvement ou la manifestation en elle-même. Ils ont ainsi pour but d’ouvrir les voies pour tous les manifestants et se retrouvent souvent en bras de fer avec les forces de l’ordre.

À noter, la destruction de biens n’est pas une fin en soi, mais un moyen, parmi tant d’autres, pour mener à bien leurs revendications. Elle peut, à tout moment, laisser place à d’autres techniques parfois plus appropriées à une situation. Par exemple, certains black blocs se sont distingués par le soutien apporté aux actions non violentes. À Seattle, ils ont rejoint les barrages humains des activistes non violents afin de les aider à construire des barricades plus résistantes. Certaines fois, ils se contentaient de manifester en empêchant des délégués d’atteindre les lieux d’un congrès par exemple, ou en repoussant la police sans avoir recours à la violence, comme à Washington, pour protéger des personnes en difficulté ou encore pour élargir le périmètre de la manifestation.

Quelques fois même, les actions des black blocs et de certains militants pacifistes sont complémentaires, démontrant encore une fois leur volonté de lutte anti-capitaliste et non juste un phénomène marginal.

Les black blocs, l’essence même de toute revendication

L’image d’anarchistes des blocs noirs a surtout été véhiculée par les médias et les autorités. La structure a également été pointée du doigt comme étant de ceux qui retiennent toute l’attention médiatique au détriment des manifestations non violentes.

Il a en effet été rapporté que les manifestations paisibles et non violentes n’avaient pas beaucoup d’impact sur les médias et que les revendications qui y étaient faites étaient rarement rapportées. Par contre, la « participation » des black blocs à une manifestation attirait immanquablement l’intérêt des médias.

En plus de booster le trafic des sites web associés à l’anarchisme, la médiatisation à grande échelle des black blocs permet donc aux manifestants de se faire entendre. C’est aussi simple.

Dans certains cas, la présence du black bloc est vivement souhaitée…
Dans certains cas, la présence du black bloc est vivement souhaitée…

Médiatisation des black blocs, ont-ils raison ?

Il est nécessaire de le dire : les black blocs sont médiatisés à outrance. Désignés comme véritables « plaies » et anarchistes, l’image des black blocs en tant qu’organisation politique intelligente en est finalement ternie.

En effet, selon les médias, le terme « anarchie » désigne une émeute, un désordre social, ce qui est faux. Ces caractéristiques appartiennent plutôt au terme anomie. L’anarchie désigne une société où il n’existe aucune autorité, aucune loi, aucun chef : c’est une société autogérée. Ainsi, le black bloc est dit anarchiste, car c’est une structure, un processus de prise de décision non autoritaire et non hiérarchique, qui vise l’égalité entre les hommes et qui n’admet aucune limitation de la liberté individuelle en matière sociale et politique. La surmédiatisation des black blocs ne joue donc pas en leur faveur, car elle brouille la perception que la population a du mouvement et impacte négativement son ensemble.

Ces derniers temps, nous avons observé la formation de plus en plus de black blocs, violents ou non, et force est de constater que leurs revendications et leurs idéaux égalitaires ne sont pas tous à jeter. Cela est peut-être significatif d’un regain de l’intérêt de la population pour ses valeurs anarchiques. Il faut dire qu’ils permettent finalement de combiner intelligemment ordre et désordre.

Le black bloc est ainsi devenu une réelle force politique, un porteur de message. Les idées égalitaires qu’il véhicule pourraient totalement trouver leurs sens dans les questions de discrimination (sexisme, racisme, etc.), tout cela évidemment, épuré du caractère violent du mouvement.

J’espère que cette analyse personnelle de la structure du black bloc viendra alimenter certains débats. En tout cas, n’hésitez surtout pas à réagir et à nous donner vos avis dans les forums de la revue.

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Sitraka Andrianivoson
Sitraka Andrianivoson
Éprise des mots et addict aux romans policiers, j'ai vogué d'aventure en aventure avant de renouer avec mon premier amour en rejoignant l'équipe déjantée de la revue Stileex. Rallier ma passion pour l'écriture et mes études en communication, j'ai trouvé mon Eldorado!