Saviez-vous que certains de nos artistes locaux ont plus brillé en dehors qu’en dedans du pays ? On est là, sans vraiment connaître leur histoire, pourtant, ils doivent une grande partie de leur succès à leur origine malgache avec laquelle ils ont su jouer et bien sûr à leur persévérance. Leur style va ainsi du gasigasy traditionnel (en valorisant surtout leur région d’origine) aux styles étrangers plus ou moins adaptés à la sauce locale.

Sans être une mélomane confirmée, je vous invite à découvrir ce qui fait de ces chanteurs malgaches d’aujourd’hui et d’hier la fierté de la Grande Île.

Petite remarque : avant de commencer cette liste d’artistes, commençons par définir ce que nous, chez Stileex, entendons comme réussir à l’international. C’est tout simplement voir son talent reconnu ! Cela peut être soit par l’octroi d’un prix, soit par l’acquisition d’une notoriété certaine hors Madagascar.

Mamy Ralaivita

C’est qui ce gars-là ? Franchement, si vous n’êtes pas très bien calé en culture musicale, c’est ce que vous vous diriez rien qu’en entendant ce nom, assez commun pourtant. Sachez tout de même que le Fianarois Mamy Ralaivita est le premier Malgache à s’être distingué dans le Prix découvertes RFI.

Mamy Ralaivita est le premier malgache à remporter le prix Découvertes RFI
Mamy Ralaivita est le premier malgache à remporter le prix Découvertes RFI

Il a sillonné le monde artistique avec son groupe « Zanak’i Papa Blues Band », qui s’est reconverti en « Zanak’i Dada », et a cartonné avec son titre « Avereno aminay » durant la révolution socialiste. Pour sûr, la génération de cette époque devrait s’en rappeler.

Mais c’est avec son titre « Tagnalahy » qu’il a atteint l’apogée de son succès en remportant le Prix découvertes RFI en 1983. Avec son groupe Oro, il a ensuite parcouru la Grande Île au plus fort de sa carrière musicale puis a enchaîné les tournées jusqu’en France, avant de se retirer de la scène en 1985.

En 2015, il a marqué son retour avec un album « Tsiaro ».

Lalatiana

Lalatiana une chanteuse vraiment « manga feo »
Lalatiana une chanteuse vraiment « manga feo »

Il faudrait vraiment habiter dans une grotte pour ne pas connaître cette chanteuse à la voix « manga » : Lalatiana.

Elle s’était déjà fait remarquer en tant qu’artiste en 1982 et comme si ce n’était pas suffisant, elle faisait elle aussi partie du groupe Oro avec Mamy Ralaivita. Elle a ensuite été sacrée gagnante du Prix découvertes RFI 1986 avec son titre « Ho an’iza ny masoandro », la première chanson qu’elle a écrite et qui a d’ailleurs remporté le prix des auditeurs.

Après un tel lancement de carrière, impossible de s’arrêter. Elle a donc commencé à se produire en solo pour aller à la conquête du public, et ce jusqu’à maintenant pour le plus grand bonheur des fans de jazz.

Régis Gizavo

Régis Gizavo était un de ces artistes qui se distingue par leur instrument de musique. Chanteur et accordéoniste de talent, il a remporté le Prix découvertes RFI en 1990 avec 2 morceaux.

Régis Gizavo, virtuose de l'accordéon
Régis Gizavo, virtuose de l’accordéon

Poussée par ce concours, sa carrière l’a amené jusqu’en France où il a formé un groupe de choc avec d’autres gars tout aussi talentueux. Ce fut alors l’occasion pour le chanteur de se positionner avec des grandes figures telles que Richard Bona, Sally Niolo, Jean-Michel Pilc, etc. En 1993, il a même été auditionné afin de remplacer jazzman Daniel Mille. Il s’est lié aussi d’amitié avec le chanteur Christophe Maé avec lequel il jouera souvent sur scène.

Originaire de Tuléar, il affectionnait le rythme du Sud qui transpire littéralement de son album « Mikea ».

Njava

Monika Njava, la mieux connue du groupe
Monika Njava, la mieux connue du groupe

Avec leur musique « ethnotic groove », le groupe Njava s’est révélé en 1992 avec le Prix découvertes RFI de cette année-là. Un air assez connu devrait vous venir en tête rien qu’en évoquant le nom de ce groupe (un air du genre plutôt africain que malgache, mais exploité par de vrais Malgaches du sud-est).

Cette bande de musiciens de collatéraux a un style particulier à l’acoustique. Ils mettent en évidence le beko, le tsapiky, le rija, le blues malgache, le tsensingat, l’afropop et l’afrofusion. Ouf. À l’époque, la scène internationale était déjà à leurs pieds de l’Europe à l’Asie, en passant par l’Amérique latine, l’Amérique du Nord et le Canada.

Erick Manana

Ce chanteur et guitariste malgache est sûrement l’un des plus connus de cette liste. Avec ses styles ba gasy et folk qui ont conquis le public depuis les années 70, ses chansons doivent sûrement se trouver dans les playlists de plusieurs générations !

Avant d’entamer une carrière solo, Erick Rafilipomanana, de son vrai nom, a d’abord été membre du groupe Lolo sy ny Tariny. En 1994, il a été l’heureux gagnant du Prix découvertes RFI et en 1997, il gagne le prestigieux grand prix de l’Académie Charles-Cros qui récompense son premier album « Vakoka ».

La carrière d'Erick Manana semble plus se concentrer à l'international
La carrière d’Erick Manana semble plus se concentrer à l’international

Senge

Senge ? En fait c’est le diminutif de Sengemanana. Si vous avez un penchant pour l’a capella, peut-être que ce nom vous semblerait moins étranger.

Le trio dont Sengamanana est le fondateur
Le trio dont Sengamanana est le fondateur

L’histoire de Sengemanana est plutôt triste, car en 1999 il est sacré lauréat du concours découvertes Afriques de RFI avant de succomber à un cancer à la fin des années 2000. Durant cette courte période de succès, il a sillonné les scènes françaises, allemandes et suédoises, tout en surmontant l’évolution de sa maladie.

Rajery

Rajery partage sa passion avec son instrument fétiche
Rajery partage sa passion avec son instrument fétiche

Comment ne pas inclure le prince de la « valiha » dans cette liste ? Il est bien connu pour l’usage exceptionnel qu’il fait de ses mains pour jouer de son instrument (surtout que celle de droite n’est plus qu’un moignon).

Passé de fils de paysan à illustre musicien du monde, il faut avouer que Rajery se démarque un peu plus sur la scène internationale que sur la scène locale. Si vous ne le savez pas encore, sachez que Germain Randrianarisoa, de son vrai nom, a encore du mal à remplir nos salles de spectacles, malgré une fulgurante carrière de 25 ans à l’international, et 35 ans de scène en tout.

En remportant le Prix RFI Musiques du Monde en 2002, il n’a fait que confirmer sa notoriété auprès du public étranger.

Théo Rakotovao

Quand il a été sacré lauréat du Prix découvertes RFI en 2008, son nom de scène Mikea était plus connu que Théo Rakotovao. D’autant plus qu’il met en avant le « beko » de sa région d’origine.

Mikea ou Théo Rakotovao
Mikea ou Théo Rakotovao

Avant ce succès à la RFI, il était déjà finaliste du prix Musique de l’océan Indien l’année précédente.

Jaojoby

Vous connaissez sûrement le « Roi du salegy » ou Eusèbe Jaojoby, le chanteur et chorégraphe au « lamba » traditionnel.

Eusèbe Jaojoby, le Roi du salegy
Eusèbe Jaojoby, le Roi du salegy

Il a commencé à se produire en 1972 (oui, ça date !) et a enregistré deux 45 tours en 1976 avant de sortir son premier album en 1992. Durant son (long) parcours à l’international, il a participé à diverses rencontres et festivals notamment à la Réunion, en France, au Canada, et aux États-Unis. Le concert qu’il a donné en 2008 à l’Olympia de Paris a marqué d’une pierre blanche sa grande carrière au niveau mondial.

Patsy

En restant attentif à cette liste, vous remarquerez sûrement la domination de la catégorie masculine au détriment de la féminine. Eh bien voici Patsy, la Malgache à la voix d’ange !

Patsy a cartonné en 1988 avec son titre « Liverpool »
Patsy a cartonné en 1988 avec son titre « Liverpool »

Patsy est aussi une chanteuse à succès un peu différente par rapport à tous ceux qui ont été cités précédemment. En effet, c’est une chanteuse française d’origine malgache (de son père puisqu’elle est née Patsy Ranarijaona).

En 1988 et 1989, elle s’est fait connaître avec ses titres « Liverpool » et « Comme un appel », tirés de son album « Tout contre ». Un carton : elle a été classée à la 17e place au top 50. Ne voulant pas renier ses origines malgaches, elle a décidé de sortir un album (le 4e) en 1995, qui illustre très bien cette redécouverte de Madagascar : « Les Voix sacrées – Traditions malgaches – Pi maso ». À travers son art, elle s’est battue pour qu’il y ait plus d’hôpitaux et d’écoles à Madagascar.

Les Surfs

Ça aurait été injuste de ne pas inclure ces légendes dans cette liste. Ce groupe de chanteurs composé de 6 frères et sœurs a débuté sa carrière en 1959 sous le nom de « Rabaraona Frères et Sœurs », avant de se rebaptiser en « Béryls ».

Encore enfants, les Béryls ont vu leur carrière être lancée parallèlement avec la célébration de l’indépendance du pays. Ils sont ainsi devenus des symboles de réussite et d’espoir pour un pays enfin libéré de la colonisation.

Les surfs reprenaient la majorité des grands tubes de l'époque
Les Surfs reprenaient la majorité des grands tubes de l’époque

À l’époque, ils faisaient des représentations avec des artistes locaux de renom, comme Henri Ratsimbazafy, et charmaient tout le public malgache durant leur tournée. En remportant un concours de chant organisé par une radio locale en 1963, ils ont pu représenter Madagascar à Paris, à l’occasion d’une cérémonie d’inauguration d’une chaîne de l’ORTF. Non contents de conquérir le public français par leurs voix, les Béryls se sont aussi fait remarquer par le label Festival. Ainsi, c’est avec le producteur Roger Marouani que leur carrière internationale a débuté.

Devenus les Surfs (car Béryls n’était pas assez aguicheur semblait-il), ils se produisaient sur les scènes européennes et américaines, en s’affichant avec des stars internationales telles que Jacques Brel, Enrico Macias, Stevie Wonder et The Rolling Stones.

Rakoto Frah

Rakoto Frah, le maître de la flûte traditionnelle malgache
Rakoto Frah, le maître de la flûte traditionnelle malgache

L’incontestable maître du « sodina » (la flûte), de son vrai nom Philibert Rabezoza Rakoto, est l’un des premiers à populariser la musique malgache à l’étranger au début des années 1950.

À partir de 1967, il a entamé des tournées mondiales pour porter haut le flambeau de la musique traditionnelle malagasy, et surtout du hira gasy des hautes terres centrales. Son talent en tant que flûtiste et compositeur lui a valu des mérites venant bien au-delà du pays, avec des albums qui expriment cette renommée internationale : « Flute Master of Madagascar », « Souffles de vie », « Chants et danses en Imerina ».

Jean Emilien

Jean Emilien a tiré sa révérence trop tôt
Jean Emilien a tiré sa révérence trop tôt

Si vous avez remarqué, la plupart de ces musiciens se distinguent par leur maîtrise d’un instrument de musique (ou même de plusieurs). Durant son parcours vers le statut d’artiste confirmé, Jean Emilien Rakotonandrasana a arpenté le jeu du kabôsy et de la guitare. Mais c’est avec l’harmonica qu’il s’est le plus illustré, jusqu’à être sacré champion du monde en 1992. La même année, sa carrière internationale a été marquée par un concert avec Carlos Santana à Paris Bercy.

Tragédie

Tragédiiiiiiiiie !

Tragédie, c’est un duo de choc qui a bien marqué les hit-parades français dans les années 2000. Rappelons un peu quels étaient les meilleurs titres qui ont fait vibrer le public à l’époque : en 2003, il y a eu le fameux « Hey-Oh » qui était sur toutes les lèvres, en France comme à Madagascar.

En 2004, le groupe sort « Sexy pour moi », « Je reste ghetto », et bien sûr, l’incontournable tube mélodramatique « Éternellement ». Ce succès international a eu un écho jusque dans la Grande Île, surtout en sachant que Tizy Bone (ou Y-zit), l’un des deux membres du groupe, est d’origine malgache.

Après la séparation des Tragédie, Y-Zit s’est concentré sur le public de son pays natal avec ses singles en malgache, notamment « Aza avelanao » et « Miandry love avy aminao ».

Y-zit, qui ne connait pas ?
Y-zit, qui ne connaît pas ?

Shyn

Shyn s’est fait connaître par le grand public avec son tube phare « Mahatsara zaho » en 2007. Entre temps, il a gagné en popularité dans la Grande Île et sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook.

La musique de Shyn est centrée sur du R'n'b
La musique de Shyn est centrée sur du R’n’b

En 2017, il remporte le prix « Révélation de l’année » de l’Afrima Awards ou All Africa Music Awards avec son titre « Resim-pitia » et là, c’est le début d’une belle carrière internationale.

Deenyz

Et puis il y a Deenyz, la compagne de Shyn. Elle était connue du public malgache, surtout des originaires de Toamasina, bien avant son mari. Mais au-delà de ces concerts de R’n’B et de Soul à Madagascar, la révélation s’est faite au concours Island Africa Talent 2014 à Yamoussoukro qu’elle a gagné. Cela lui a permis de découvrir d’autres styles qu’elle a décidé d’inclure dans son album.

Deenyz a gagné le concours Island Africa Talent en 2014
Deenyz a gagné le concours Island Africa Talent en 2014

Voilà pour cette liste des chanteurs malgaches qui ont su mener leur barque sur d’autres rivages que ceux de la Grande Île. Elle ne se veut évidemment pas exhaustive, mais est là pour montrer que des talents, nous en avons à revendre aussi !

D’ailleurs, si vous remarquez que votre artiste favori manque à l’appel, n’hésitez pas à poser un commentaire, nous nous ferons un plaisir de mettre à jour cette liste !

Découvrez également ici l’album Volo Hazo des Malagasy Guitar Masters

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Ragasy
Invité
Ragasy

Je pense que Rossy ou les Mahaleo ou encore D’Gary sont bien reconnus à l’international. Car ils sont largement devant Lalatiana selon les critères mentionnés. On peut aussi mentioner quelque part Patsy…

Baba Baba
Invité
Baba Baba

Jain, c’est une excellente chanteuse très connue en France avec son album Zanaka, elle a des origines malgaches

Sitraka Andrianivoson
Editor

Une chanteuse très talentueuse je trouve !

RAJAONAH Nandrianina
Membre
RAJAONAH Nandrianina

Il serait bien de mentionner que Senge faisait parti du groupe acapella Salala, qui a aussi réussi à l’international

Sitraka Andrianivoson
Editor

Olombelo Ricky ? :)