C’est un avis partagé, mais une généralité pour certaines, un accouchement est un miracle souvent accompagné de belles surprises. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas de toutes… Pour ma part, j’ai vécu un moment fort comme les autres après la naissance de ma Yu’, mais pas dans le bon sens du terme. Bercée par le bonheur d’avoir enfin eu ma fille après de multiples épreuves, j’ignorais que le pire restait encore à venir, une dure fatalité que j’ai dû traverser.

Chers amis et lecteurs, ce que je m’apprête à vous partager maintenant est l’une des expériences les plus marquantes de mon existence alors j’espère que vous allez en aimer la lecture :).

Une surprise pas comme les autres

Le lendemain de mon accouchement par césarienne, 07h du matin du 06 avril 2018 à l’hôpital d’Itaosy, le chirurgien a jugé bon pour moi de quitter la salle REA pour rejoindre la chambre postnatale. Je m’exécutais lorsque tout à coup l’infirmière de garde m’a interdite de me lever jusqu’à ce que ma poche à urine soit pleine. Ayant déjà vécu une opération, ma mère et moi étions très étonnées, car d’habitude il faut tout de suite se lever et faire quelques pas. Le soir venu, le réanimateur était étonné de me voir encore là, alors il m’a fait transférer.

Le surlendemain après-midi, mon mari est venu de Fort-Dauphin. Dans le temps, il travaillait là-bas, mais était juste de passage pour une formation dans la capitale. Il a donc profité de l’occasion. Tout a vite été oublié dès notre arrivée à la maison.

Que du bonheur d'être en famille, « Que de joie, qué alegria » :)
Que du bonheur d’être en famille, « Que de joie, qué alegria » :)

Sauf que le 09 avril, vers 03h45 du matin, j’ai commencé à avoir une douleur sur le côté droit du thorax. Ne soupçonnant pas qu’il s’agissait là d’un début de quelque chose, nous avons pensé à un point de côté passager.

Tandis que la douleur devenait de plus en plus intense, je n’arrivais plus à marcher, j’avais du mal à respirer. Mes parents ont donc fait construire un brancard pour me transporter et m’ont amené à l’hôpital. Par chance, on a pu nous y accorder une chambre à moi et à mon bébé afin que je puisse continuer l’allaitement.

Après quelques examens, le réanimateur passa pour me demander si j’étais bien celle qui était restée tard dans la salle REA. Il m’a alors expliqué qu’il aurait fallu bouger et faire quelques pas après l’opération pour faire circuler le sang. Du coup, comme on m’avait ordonné de me rester couchée, le sang s’est aggloméré et a formé des caillots

De plus en plus mal, de plus en plus forte

C’est la veille du retour de mon mari à Fort-Dauphin qu’un médecin m’informa qu’on allait me transférer à Befelatànana, mais faute d’organisation, ça ne s’est fait que le lendemain vers midi.

Dimanche, 15 avril 2018, bye bye vacances, c’est le début de l’aventure. Je suis restée forte et me suis remonté le moral avec ma fille… dont on allait bientôt me priver…

Auparavant, ma mère était de garde le matin et mon mari le soir, car il me fallait toujours de l’aide, même pour me retourner dans le lit. À Befelatànana, mon mari n’étant plus là et ma mère devant s’occuper de ma fille chez elle, je restais seule. Le souci quand vous êtes fille unique, c’est que vos frères ou votre père ne peuvent pas vous aider pour vos besoins intimes. Les coups de téléphone se succédèrent donc pour trouver un garde-malade. Finalement, une tante à mon mari s’est portée volontaire pour deux jours.

Un soir, alors qu’une petite brise me caressait la joue, j’ai aperçu la lumière dansante du crépuscule par la fenêtre quand soudain, la peur de ne plus revoir ma fille m’a envahi. Une horreur glacée… Ce fut un déclic.

J’ai demandé à plusieurs reprises par la suite à la voir hors de l’hôpital quand mes analyses me portaient à l’extérieur de l’établissement. Hélas, c’était toujours soit la tête de mon père, soit celle de mon frère qui apparaissait. Ma mère disait que m’interdire ma fille me motiverait assez pour guérir. Ça m’a rendue furax et, curieusement, déterminée !

I'm Unstoppable, I'm a porsche with no brakes...
I’m Unstoppable, I’m a porsche with no brakes…

Un jour, alors que plus personne ne pouvait me garder, j’ai dit une petite prière et je me suis dit « Tout pour ma Yu’ ». Je me suis relevée péniblement et d’un coup je me suis retrouvée assise. Je ne comprenais pas comment, mais je savais une chose : j’allais me battre !

Plus déterminée que jamais

Comme un « rôdeur » de Walking Dead, je me risquais à quelques pas dans ma chambre, sans personne. De retour sur mon lit, je ne sentais presque plus la douleur tellement j’étais euphorique. J’ai donc pris mon courage à deux mains et fait remarquer mon évolution auprès des docteurs : durant les visites, je m’asseyais, lors des sorties, je prévenais le major à son bureau. Pourtant, à chacun de mes « Quand est-ce que je vais pouvoir revoir ma fille? », on me répondait toujours la même rengaine : « Bientôt »…

Jusqu’ici, on ne m’a encore donné de diagnostic précis… Le jour où on a enfin confirmé ma maladie, une embolie pulmonaire, je ne réalisais même plus la gravité de la situation : les mots du docteur « 6 mois de traitements intensifs » se répétaient en boucle dans ma tête.

Rien n'est plus fort que la détermination
Rien n’est plus fort que la détermination

Un moyen pour sortir… Chaque seconde qui passait devenait de plus en plus insupportable.

Mon père n’a jamais aimé les hôpitaux. Y séjourner ou faire ne serait ce qu’une visite n’a jamais été son loisir préféré. Il y est déjà resté six mois après une opération suite à un accident en moto, et d’autres fois après. À force de tenter de s’échapper à chaque fois, il est devenu expert en évasion :) Du coup, nous avons planifié ma sortie pour le lendemain.

Voilà le plan : faire une décharge, le déposer au Major, s’il acquiesce, on part, s’il riposte, on part ! Nous étions un samedi et c’était prévu pour le dimanche soir. Sauf que mon père voulait m’encourager et m’a ramené ma Yu’. Cinq jours ont suffi pour qu’elle change complètement !! J’ai donc décidé de ne plus la quitter pour ne plus rien rater.

Le « pro » du lendemain a été mis en exécution après ma piqûre au ventre du soir. Avec succès.

Prise au fait entre bébé et maladie

Enfin dehors. Consciente de la gravité de mon diagnostic, je suis quand même allée faire des consultations externes pour continuer le traitement. Et à cause de ce même traitement, je ne pouvais pas allaiter alors que Yu’ n’arrêtait pas de crier quand je la prenais : elle voulait téter et j’avais de plus en plus de mal à la calmer… Une espèce de barrière s’était mise entre nous.

Le 28 avril, nous avions rejoint mon mari à Fort-Dauphin. Tout était presque parfait à l’exception de Yu’ qui criait à chaque fois dans mes bras. Du coup, j’ai pris l’initiative d’arrêter les traitements et de revenir à l’allaitement après quelques jours. Évidemment, ma santé s’est de suite dégradée, mais encore plus déterminée, je n’abandonnais pas.

Au menu tous les jours : une tension irrégulière, des migraines et parfois des évanouissements sans parler des hémorragies provoquées par le dosage des médicaments pris à l’instinct après mon évasion de l’hôpital.

Maman : « où vas-tu comme ça ? C'est l'heure du dodo ! » Bébé : « Mais maman, je n'ai pas sommeil »
Maman : « où vas-tu comme ça ? C’est l’heure du dodo ! » Bébé : « Mais maman, je n’ai pas sommeil »

Le soir, au moment du coucher, j’étais déterminée à veiller sur ma Yu’, car comme la plupart des bébés, le jour et la nuit sont inversés pour elle. Elle ne dort donc presque jamais le soir (soit elle pleure, soit elle rit, mais jamais de dodo avant 5h30 du matin !) et à un moment donné je m’avouais vaincue. À partir de là, c’est mon mari qui assurait la veillée. Sauf que pour lui, c’était plutôt genre tous les soirs alors que le matin il devait aussi assurer à son taf.

Même K.O toutefois, j’entendais encore tout ce qu’il se passait autour. Tu vois le genre tellement fatigué que tu ne distingues plus la fiction de la réalité. C’est seulement au moment où l’on te réveille que tu te rends compte que tu as dormi. Tes yeux se sont fermés, mais ton esprit a la sensation que non. Au fil du temps, à mes crises s’ajoutaient alors un dangereux manque de sommeil.

Finalement, c’est la détermination qui l’emporte :)

Plusieurs fois, j’étais tenté de reprendre le traitement, mais plus je reprenais l’allaitement, plus ma Yu’ s’attachait à moi. C’était comme si elle rattrapait les épisodes de sa série préférée ! Pour moi, ce n’était pas le moment de baisser les bras !

« Tsy misy maty amin’ny tsy androny », littéralement « On ne meurt qu’à son heure ». C’était devenu un slogan non seulement pour me requinquer le moral, mais aussi pour positiver ma mère qui s’inquiétait à chaque seconde, et pour cause : une embolie, ça peut arrêter un cœur à tout instant.

À force d’être déterminée, je crois que mon esprit devenait plus fort que jamais. Du coup, j’ai eu comme l’impression que mon corps aussi devenait résistant. De retour à Antananarivo, tout paraissait normal sauf qu’au bout de quelques semaines, ma situation devenait instable. Après mes congés de maternité, un jour j’étais au taquet, un autre je faisais des crises. J’ai donc pris une disponibilité et pris rendez-vous avec Befelatànana pour faire le point sur ma maladie.

Sacré coup de savon, le médecin nous a bien engueulés ! Bref, nous avons refait tous les examens et au bout de quelques semaines, miracle ! En lisant les résultats, le médecin-chef de Befelatànana a dit « Mistery ‘zan an! ». Et pour cause : il n’y avait plus rien !

Plus forte que la maladie, rien n'arrête la détermination !
Plus forte que la maladie, rien n’arrête la détermination !

Perplexes, nous lui avons demandé ce qu’il se passait, histoire de confirmer, et il l’a fait : je n’avais plus d’embolie pulmonaire. On m’a ensuite expliqué que j’étais spasmophile, ce qui expliquait mes pertes de connaissance. Comme c’est surtout mental, depuis, j’essaie de focaliser mon stress et ma dernière crise remonte à très loin.

Mon histoire se termine par une poignée de main de l’échographiste en guise de félicitations, car, je ne vous l’ai pas dit, au départ nous étions 5 femmes avec le même diagnostic après accouchement. À la fin, il ne restait plus que moi…

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Ranaivoharinivo julio
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Ranaivoharinivo julio

Plus forte que toi, j’en trouve pas