La première conférence de la FrenchTech Antananarivo s’est tenue le 30 août 2019 dernier de 14h à 16h30 à l’IvoTech, le centre pour développeurs, dans l’enceinte de l’Université d’Antananarivo. Le thème abordé par Nandrianina RATSIMANDRESY, conférencier et candidat en MBA à l’Université Doshisha Business School de Kyoto est « la technologie au service de l’économie collaborative » avec une étude du cas de l’Afrique. Présentation de l’économie collaborative et de son potentiel, les contraintes autour de la mise en place en Afrique, les secteurs prometteurs pour ce type d’activité ainsi que les interventions successives des 8 porteurs de projet à Madagascar, nous revenons sur cette présentation qui rentre dans l’objectif fixé par la FrenchTech : développer toutes les actions autour du digital.

Un potentiel économique non négligeable

Lors de sa présentation, Nandrianina RATSIMANDRESY a tenu à définir l’économie collaborative comme étant un modèle d’économie consistant à exploiter les ressources sous-utilisées et de les mettre au service du grand public. « Ces ressources peuvent être tangibles, à l’instar des voitures, des maisons, de l’argent, mais aussi immatérielles, à l’exemple de la connaissance et de l’expertise », a t-il expliqué lors de son intervention.

Nandrianina RATSIMANDRESY, conférencier sur la technologie au service de l'économie collaborative, cas de l'Afrique
Nandrianina RATSIMANDRESY, conférencier sur la technologie au service de l’économie collaborative, cas de l’Afrique

Selon les experts de ce monde, ce type de business devrait exploser d’ici 2025, avec des revenus atteignant les 35 000 000 000 de dollars, pour 15 000 000 000 de dollars en 2015. Ce type d’économie est, selon l’orateur, compatible aux pays en voie de développement, car il ne demande pas la création de nouvelles ressources. Pour ce qui est du business model, il existe deux types de création de valeurs pour les utilisateurs :

  • le peer-to-peer intermediation ou intermédiation entre homologues, qui permet de créer de la valeur en organisant des transactions décentralisées entre homologues, ex : Uber ou Airbnb,
  • le centralized resource pooling ou groupement centralisé des ressources, qui permet de créer de la valeur en donnant aux utilisateurs d’avoir accès à un groupe de ressources. C’est un business model basé sur l’accès à un service, un système, un ensemble de produits, ex : car share, Wikipédia.

L’exemple du car sharing aux États-Unis semble être le plus adapté. La voiture reste une ressource sous-exploitée car, à 95% du temps elle est garée ou sinon occupée par 1,2 personne en moyenne. L’autopartage a permis de réduire considérablement l’utilisation de voitures car chaque véhicule partagé remplace 9 voitures personnelles et libère de ce fait 8 places de parking. Le nombre de kilomètres parcourus semble également avoir été réduit de 41%, impactant alors positivement sur la santé publique et l’environnement.

Ensuite, l’économie collaborative devrait favoriser l’entrepreneuriat ainsi que la création de plateforme de crowdfunding et même stimuler les activités de micro-entrepreneuriat. Le plus intéressant, selon Nandrianina RATSIMANDRESY, serait la standardisation et la réglementation de certains « businesses », comme dans le cas de Safemotos au Rwanda, une application qui a permis de formaliser les motos-taxis en Afrique, sécurisant ainsi ce mode de transport. Désormais les conducteurs sont soumis à des formations de conduite et les motos à des contrôles réguliers avec traçage GPS. Safeboda au Kenya est également une référence et son concept est plus ou moins le même que son homologue rwandais.

L’économie collaborative permet également de créer des emplois, à l’exemple des entreprises de car sharing en Inde, qui ont créé plus de 10 000 emplois depuis 2016.

Les limites et les contraintes de l’économie collaborative en Afrique

La première contrainte sur la mise en place de l’économie collaborative en Afrique serait la confiance et la crédibilité. Selon une étude de World Values Survey, seuls 30% de la population africaine était considérée comme digne de confiance, ce qui rend la mise en place d’un système d’autopartage assez difficile. Le deuxième point à améliorer réside dans le taux de pénétration de la technologie. D’ailleurs, notre sondage sur l’utilisation d’Internet mobile en témoigne. Le taux d’utilisation d’internet et de smartphone n’excède pas les 25%, soit 1 habitant sur 4, ce qui réduit d’autant plus le taux d’utilisation de paiement en ligne et de mobile money, à hauteur de 40% de la population, dans le cas de Madagascar. Enfin, les normes sociales et culturelles restent également à revoir du fait que dans les pays en voie de développement, les individus aspirent plus à posséder leurs propres biens qu’à se soumettre à des idées de partage, tout en considérant le manque de sensibilisation et d’acceptation de l’évolution technologique.

Les secteurs pertinents de l’économie collaborative en Afrique

Selon cette étude de Nandrianina RATSIMANDRESY, les secteurs qui pourront concorder à l’économie collaborative en Afrique sont les transports et la logistique, afin de mettre en place des moyens de transport plus rapides, sécurisés, moins coûteux et à la demande, selon l’exemple de Safemotos au Rwanda, de Safeboda au Kenya ou même de En2Roues à Madagascar.

Le secteur de l’online staffing ou la mise en relation des auto-entrepreneurs, des « freelance » reste tout à fait exploitable selon le conférencier, qui suggère la mise en place d’un barème, d’un salaire minimum afin de « réglementer » la profession. Ce secteur devrait connaître une croissance de 37% d’ici 10 ans.

L’agriculture est cependant le secteur avec le plus de potentiel en Afrique, mais reste non-exploité. En 2016, l’Afrique a importé 35 000 000 000 USD de produits alimentaires et devraient en importer plus de 110 000 000 000 d’ici 2025, sachant tout de même que 65% des terres arables du monde sont situés dans le continent africain. La mise en place d’une plateforme qui donnerait accès aux matériels agricoles et à des terrains cultivables serait alors l’idéal.

À Madagascar, l’économie collaborative se met peu à peu en place…

8 porteurs de projet sont également intervenus lors de cette présentation de Nandrianina RATSIMANDRESY.

Le premier d’entre eux est Ammar ABDEALY, General Manager de En2Roues, une application mobile en vue d’améliorer le transport à Antananarivo. Disponible sur Google Play depuis octobre 2018, elle permet aux Tananariviens d’avoir accès à un transport sur deux roues, assuré, traçable sur GPS, mais surtout avec des conducteurs formés selon les normes de conduite dans la capitale.

Ammar ABDEALY, General Manager de En2Roues, modèle de technologie au service de l'économie collaborative à Madagascar
Ammar ABDEALY, General Manager de En2Roues, modèle de technologie au service de l’économie collaborative à Madagascar

Julia VENN, fondatrice de Foodwise, a également présenté son projet qui lutte contre le gaspillage alimentaire en redistribuant gratuitement les aliments récoltés aux enfants vulnérables. Le projet semble être sur la bonne voie car, en 2018, 70 000 repas ont été distribué auprès de 2000 orphelins, grâce à 17 tonnes de nourriture récoltées et a également permis d’éviter l’émission de 33 tonnes de CO2.

Julia VENN, fondatrice de Foodwise, entreprise sociale œuvrant également dans l'économie collaborative
Julia VENN, fondatrice de Foodwise, entreprise sociale œuvrant également dans l’économie collaborative

Un malgache dit en moyenne « aiza ho aiza » (traduisez « où ? ») vingt fois dans la même journée. C’est pourquoi Mihaja RAJOHNSON a décidé de créer Aizawaiza, une plateforme de mise en relation professionnelle et culturelle qui permet de localiser rapidement une entreprise ou un événement à travers les 6 provinces de Madagascar.

Mihaja RAJOHNSON, lors de sa présentation de sa plateforme Aizawaiza
Mihaja RAJOHNSON, lors de sa présentation de sa plateforme Aizawaiza

Landry Sylvano MAHASAINA, co-fondateur de Lemuriia et de E-zotra ambitionne de sécuriser et faciliter le transport national à Madagascar à partir d’une application mobile de réservation de billet de transport national en ligne. En cours de mise en place et de collaboration avec les coopératives au pays, l’application a été sélectionnée par l’accélérateur de start-up Orange Fab Madagascar.

Landry MAHASAINA, fondateur de Lemuriia E-zotra, la première solution de réservation de transport national en ligne à  Madagascar
Landry MAHASAINA, fondateur de Lemuriia E-zotra, la première solution de réservation de transport national en ligne à Madagascar

Louis Venceslas TSIRA, co-fondateur de Lemuriia, a également créé un réseau social dédié à l’enseignement appelé Madabooky. Cette plateforme vise à mettre en relation directe les établissements et les étudiants, avec des cours en tutoriels vidéos pour faciliter l’assimilation des notions. L’application est disponible sur Google Play.

Intelbac est, quant à lui, un projet de Tina Rakotozafy, qui permet de gérer le remplissage des bacs à ordures à l’aide d’objets connectés et de l’ultrason. Cette application permettra ainsi d’éviter que les bacs à ordure soient ramassés après qu’ils soient débordés.

Solofo ANDRIAMALALA, fils de médecins, a décidé de créer Aina, une application pour permettre d’accroître le développement de la mise en circulation de produits pharmaceutiques, vita malagasy ou non. Via cette plateforme, chaque nouveau produit pharmaceutique mis en circulation sera porté à la connaissance de chaque médecin même dans les régions enclavées, directement avec ses vertus et son prix.

La dernière intervenante, Anna RAZAFINDRAMIARINA, a présenté son application qui s’appelle Fantaro. Cette plateforme propose des Quizz ainsi que des jeux en ligne sur la culture et la tradition malgache. En cours de développement, la créatrice de Fantaro lance un appel à ceux qui seraient intéressés pour élaborer les questionnaires pour cette application, main dans la main avec elle.

Anna RAZAFINDRAMIARINA, fondatrice de Fantaro, une application destinée à tester les connaissances sur la culture et la tradition malgache
Anna RAZAFINDRAMIARINA, fondatrice de Fantaro, une application destinée à tester les connaissances sur la culture et la tradition malgache

Le monde de l’entrepreneuriat digital, en perpétuel mouvement, semble ouvrir encore plus ses horizons et avoir bel et bien touché les côtes africaines ainsi que celles de Madagascar. Malgré quelques améliorations encore en vue, la révolution est en marche et comme l’a si bien souligné l’un des intervenants : « l’Afrique a raté la révolution industrielle, mais elle ne ratera pas la révolution technologique ! »

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