Ce texte est candidat au concours littéraire La Plume Stileex
Thème 2018 : La Beauté de Tana
Les œuvres présentées et publiées sur le site dans le cadre du concours littéraire La Plume Stileex sont le travail de personnes extérieures à l'équipe éditoriale. En conséquence, les avis, jugements et points de vue présentés dans chacune d'elles n'engagent que leurs auteurs respectifs et ne reflètent en aucun cas ceux de la Revue Stileex. Également, dans un souci d'équité et surtout pour ne pas dénaturer le travail des candidats, nous n'avons pas corrigé les textes et les présentons donc tel que nous les avons reçus.
Vous pouvez noter cette œuvre en bas de page. Les votes du public sont ouverts jusqu'au 18/11/2018. En savoir plus sur le concours La Plume Stileex 2018
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Un jour d’hiver, je me suis retrouvée à marcher seule au coeur de la grande ville d’Antananarivo. Je me demande comment j’ai fait pour acquérir autant d’indépendance, en si peu de temps. Alors qu’il y a quelques mois, elle m’était si étrangère. Comme si elle allait m’absorber.

Avant mon départ, j’ai choisi de longer les escaliers jumeaux, celui d’Antaninarenina et d’Ambondrona, qui serraient entre eux la place d’Analakely.

Je venais de visiter quelques librairies à Antaninarenina. J’ai commencé alors par le jardin. J’y ai mis les pieds, la première fois, lors de mon rendez-vous avec Nomena. J’étais arrivée en premier, donc je me suis installée sur une des chaises. A côté de moi, il y a avait un vieil homme qui avait les yeux rivés sur son journal. Je me suis mise à l’aise et j’ai aussi pris mon livre. Le lieu est tellement si apaisant et si calme. Après quelques pages, j’étais surprise par une goutte d’eau qui m’était tombée sur la tête. Je me suis rendue compte que j’étais assise au dessous des arbres pleureurs ou des jacarandas. Le paysage m’avait surpris en même temps quand j’ai levé les yeux. Il y avait plein de gens autour de mois: des hommes, des femmes avec leurs enfants, des couples, des gens qui discutaient affaire, des élèves avec leurs tabliers et ceux qui observaient aussi, comme moi.

En pensant à cette journée, j’ai eu le sourire sur les lèvres car j’ai eu l’impression que c’étaient toujours ces mêmes gens, qui avaient l’air de se donner rendez-vous sur le lieu. Après, j’ai commencé à descendre l’escalier. Du pur plaisir, comme si j’étais le maître du lieu. Les appels des marchands bordants l’escalier m’étonneront toujours. Sans parler des mendiants qui chantaient. C’était comme un genre de mélodie qui accompagnait votre démarche.

J’arrive en bas, avec succès, 168 marchés effectuées. Malgré avec mon air new yorkaise, je traverse facilement la rue, comme une parfaite tananarivienne. Sans peur, je marchais par dessus le passage clouté, mon territoire et je souris ironiquement au chauffeur qui me donne la priorité.

J’ai décidé de faire un petit détour au pavillon d’Analakely. Je ne peux m’empêcher de jeter un coup d’oeil aux paniers des artisans. Il y a tout un panorama d’oeuvre fait main. Mes yeux ont dévoré, mes mains ont pris plaisir au toucher. Des raphias, des zozoro, des vétivers, dessisals,…des matières qui ont été mariés minutueusement. Et me voilà repartie avec un sac coup de coeur, fait avec du Satrana.

Aussitôt, je regroupe toutes mes forces pour entamer le périple à travers l’escalier d’Ambondrona. Je me suis fait plein de connaissances sur cette partie. On y trouve un peu de tout: des cordonniers, des maroquiniers, des collectionneurs d’anciens billets, des livres,… Mais ceux qui m’attirent le plus, ce sont les chats de la poissonnerie. Quatre beaux et grands chats. Le chat noir avait ses yeux brillants, vous file un coup de griffe dès que vous vous approchez de lui; quant au chat jaune, il aime bien se faire caresser, les deux autres de couleurs gris vous observent simplement de leur place. A chaque fois que j’y passe, le les salue toujours. Les voir chaque jour est un genre de porte bonheur. Après quelques souffles, me voilà arrivé en haut de l’escalier. 336 marches en tout.

J’arrive à atteindre Antaninandro, mon quartier d’hôte. Je réside à la dernière étage d’une maison au bord de la route. Ce qui me procure une vue incroyable sur la rue et les maisons du voisinage. Chaque matin, j’observe à travers ma fenêtre le bon travailleur, lève-tôt, le mari à moitié réveillé, trimballant son panier garni de pains, les marchands qui portent sous leurs têtes les soubiques et les sacs de jute et enfin les étudiants qui se hâtent en courant après les bus. Ces images resteront gravés dans ma mémoire comme une scène épique. Tout comme l’image des deux châteaux d’eau que j’aperçois de la fenêtre. Celui d’Antanimena et celui d’Alarobia. Ils culminent comme s’ils voulaient rappeler aux habitants qu’ils sont toujours là, qu’il ne faut pas les oublier.

Mais pour parler de culminance, rien n’est plus envoûtant que le palais de la reine de Manjakamiadana. Lors de mon premier séjour, il y quatre ans, je l’ai visité. Maintenant, je préfère la contempler d’ici, en bas. Elle règne sur la colline d’Ampamarinana. Une architecture royale qui se marie parfaitement avec la ville des milles.

J’ai voyagé ailleurs qu’ici, dans le sud, dans le nord et jusqu’au fin fond de la brousse. J’ai fait des rencontres formidables et j’ai trouvé de magnifiques paysages. Mais pour vivre, pour survivre, celle ville est particulière. Tant avec ses défauts qu’avec ses beautés.

Tantôt, elle est calme. Comme cet après-midi où après la visite d’un musée, moi et Noro, nous nous sommes promené dans la quartier d’Andohalo. En majorité, la route était faite de pavés. On rencontrait peu de gens sur la route, il n‘y avait presque aucun commerçant, ni de grande société. Les maisons en bordure des routes représentaient l’architecture traditionnelle malgache et l’architecture coloniale. C’est le même cas dans plusieurs quartiers de la haute ville: Faravohitra, Ambohijatovo et même descendant vers Amparibe.

Tantôt la ville pousse des cris. Une foule qui se disperse et qui vous submerge dans une chaleur qui étouffe. Une ambiance perçante au marché d’Analakely, d’Ambodin’Isotry ou aussi de Mahamasina, surtout le jeudi.

Pour parler des décors de la ville, on ferait tout de suite référence aux Jaracarandas, de fleurs violets, du mois d’octobre, vous en voyez partout. Mais moi, je suis plus subjuguée par les fleurs flamboyantes que je retrouve en pleine centre ville, au bord de l’arcade. Sa manière de s’élancer, de s’épanouir, m’intrigue. Je m’arrête souvent pour l’admirer.

Tout comme cette ville, qui est envoûtante en son âme, son histoire, ses habitants cosmopolites, sa vie culturelle . Jour et nuit, elle vous éveille et ne vous laisse pas vous reposer. C’est ce qui fait son charme. En tout cas, j’y reviendrai.

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