Madagascar est un grand et beau pays. Malheureusement, sa beauté est trop souvent voilée par les actualités nauséabondes de trafic de ressources, de corruption, de vindictes populaires et de crimes crapuleux. Il faut être sacrément courageux (ou téméraire) pour penser pouvoir y changer quelque chose… Et pourtant, il existe des personnes qui, inlassablement, avec ou sans moyen, inventent, innovent et créent de la valeur à Madagascar : les entrepreneurs.

Le milieu entrepreneurial à Madagascar

J’ai eu envie d’écrire cet article suite à l’événement “Startup Dating“. Pour ceux qui vivent dans une caverne, il s’agit d’une soirée organisée à Antananarivo où plusieurs porteurs de projet et jeunes entrepreneurs viennent y présenter leur business, sous forme de “pitch” à l’américaine. Ils espèrent retenir l’attention d’investisseurs, de mentors, de partenaires ou même de clients venus les écouter. Puis, des tables rondes de réseautage sont mises en place pour favoriser les échanges et le développement des carnets d’adresse.

C’est là que je l’ai vue. La lueur du courage et de l’ambition dans les yeux des entrepreneurs. Tous ne s’expriment pas avec aisance, mais on ressent immanquablement la même force invisible, la même énergie constructive, la même foi en l’avenir.

Et la foi, je peux vous le garantir, un entrepreneur en a grandement besoin. La création d’entreprise est un vrai parcours du combattant…

Être Entrepreneur à Madagascar
Être Entrepreneur à Madagascar

La genèse entrepreneuriale

Tout commence par l’idée. Certains mêmes commencent avant ça, par la volonté d’avoir une idée. On regarde autour de nous, on veut trouver un besoin insatisfait, un problème qu’on peut résoudre. On se documente sur les concepts qui ont mené au succès outre-mer.

Et là premier hic : il faut absolument prendre en considération les particularités du marché malgache. Un projet qui a réussi à l’étranger ne va pas forcément être transposable à Madagascar.

L’un des paramètres les plus importants à considérer est la taille du marché. C’est un chef d’entreprise bien établi à Madagascar, importateur de produits de consommation pour la GMS, qui me l’a fait remarquer. Il y a peut-être 24 millions d’habitants à Madagascar, mais combien ont les moyens de s’offrir des produits allant au delà des PPN (Produits de Première Nécessité). Il estimait que son marché ne dépassait pas le million de consommateurs dans son cas.

Les NTIC

C’est un facteur encore plus important à prendre en compte lorsqu’on est dans le secteur des NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication). Un autre chef d’entreprise, lui aussi bien établi, m’avait parlé un jour d’un projet de plateforme de montage vidéo et de diffusion de vidéos en streaming pour les malgaches. Un VOD (Video On Demand) du genre Netflix, à la gasy. Oui mais combien de personnes à Madagascar peuvent se payer la connexion Internet nécessaire au visionnage d’un streaming ? Il faudrait pour cela avoir au moins une offre fibre optique ou FH illimitée, qui coûte au bas mot 300 000 Ariary (soit le salaire mensuel moyen d’un employé de bureau…). Personnellement, pour avoir une connexion internet convenable à Madagascar, je dois lâcher 864 000 Ar par mois. Et même à ce prix là, je ne peux pas toujours regarder des vidéos sur Youtube

A la taille du marché, il faut ajouter les problèmes d’infrastructure. Par exemple, le fait qu’il n’existe pas de TPE virtuel à Madagascar permettant de payer sur Internet par CB en devise Ariary. Au revoir donc tous les business web à faible marge compensés par les volumes et l’automatisation des procédures : market places, applications mobiles, etc.

Il existe certes le mobile banking : Mvola, Orange money et Airtel money. Mais malgré les efforts de Telma et d’Orange pour créer des API de transaction en ligne, rien n’a été concrétisé. L’e-commerce à Madagascar en est encore qu’à ses balbutiements.

Financement

Mais si seulement il n’y avait que ça. Une fois son idée trouvée, il faut que l’entrepreneur rédige son business plan. Il y a une poignée d’écoles de commerce à Tana qui forment les jeunes pour cet exercice bien particulier. Et les autres ? Ceux qui n’ont pas eu les moyens de se payer des études supérieures ? Ou ceux qui ont suivis des filières scientifiques ? Où se procurer des chiffres et des statistiques fiables ?

Sans business plan solide, point de financement. Parlons alors des investisseurs : banques, fonds d’investissement, business angels, crowdfunding, entourage proche, etc. Il faudra à l’entrepreneur comprendre l’intérêt de chaque type d’investisseurs pour savoir leur vendre leur projet. L’impulsion à Madagascar a été donnée, et l’écosystème financier s’intéresse de plus en plus à la manne entrepreneuriale. Moi-même j’ai pu bénéficier de l’appui d’un “business angel” ici à Madagascar pour l’une de mes sociétés.

Vous avez l’idée, vous avez le plan stratégique de développement, vous avez l’argent ? Il est l’heure de concrétiser et d’aborder un autre parcours : la création administrative et l’apprentissage des obligations fiscales et sociales. Un conseil : gardez votre calme :)

Les ressources humaines

Pour ceux qui connaissent mon parcours, vous savez que je suis arrivé à Madagascar en novembre 2011. Je savais que le pays traversait une crise, que le taux de chômage avait atteint des niveaux records. Je pensais que les candidats afflueraient et donneraient le meilleur d’eux-mêmes pour remplir leur fonction professionnelle. Quelle naïveté.

Entre les CV bidons et ceux qui venaient “prendre un salaire”, j’ai reçu en entretien d’embauche plusieurs milliers de candidats, pour avoir aujourd’hui une équipe de 25 personnes ! Certes je suis exigeant, et mes collaborateurs actuels sont hors de commun, mais tout de même…

Donc viendra le moment pour tout entrepreneur de surmonter une nouvelle difficulté : les ressources humaines et le management. N’oubliez pas qu’une entreprise est avant tout un groupe d’individus.

Une chose m’a frappé : un chef d’entreprise doit faire preuve de beaucoup d’indulgence envers ses collaborateurs, mais la réciproque n’est malheureusement pas vraie. Vos collaborateurs ne manqueront pas la moindre de vos erreurs de management…

Enfin, vient la vente. Je vais donner un sérieux conseil à tous mes lecteurs, un conseil que je considère comme vital, incontournable : un entrepreneur doit être le premier vendeur de son entreprise. Ne déléguez pas cette tâche, du moins pas au début. Bonne nouvelle pour ceux qui ne se trouvent pas l’âme d’un commercial, je donne une formation conférence à l’IKM Antsahavola le mercredi 26 avril dont le thème est “Devenez un Meilleur Vendeur“, accessible à toutes et à tous. Venez nombreux, on passera un bon moment ensemble :)

Je vous conseille également la lecture de ces trois articles :

Seuls les vrais entrepreneurs survivent

Ces difficultés ne sont qu’un bref aperçu de ce qui vous attend en tant que créateur d’entreprise. Qui a fuit ? Certainement pas les vrais entrepreneurs !

Et oui, parce que ce qui nous définit, nous créateurs, c’est cette force intérieure qui ne nous permet pas de faire autre chose que de créer. Malgré les difficultés, les problèmes, les séquelles, les faux amis, on ne peut pas s’empêcher de se relever, de continuer d’avancer, de persévérer ! Nous sommes définis par nos actes, nous sommes ce que nous faisons.

Et j’ai vu d’autres entrepreneurs ici à Madagascar. J’aimerais les aider, j’aimerais que nous nous entraidions.

Y a-t-il une raison qui fait que Madagascar est condamné à voir sa force entrepreneuriale stérile ? Les trafics, la corruption, les crimes crapuleux existent aussi dans les autres pays dont la France. Ce n’est pas ça qui doit nous arrêter.

Y a-t-il une raison qui fait que le secteur des NTIC à Madagascar est dominé par des sociétés offshore qui réalisent des travaux sans grande valeur ajoutée pour des grands groupes européens ? Pourquoi une société malgache ne pourrait-elle pas se hisser parmi les moteurs de l’innovation à l’étranger ?

Y a-t-il une seule raison valable pour laquelle Madagascar doit demeurer sous perfusion constante des aides pseudo-humanitaires extérieures ? Ici à Madagascar, nous sommes parfaitement en mesure de gagner notre vie dignement, il y a des potentiels ici aussi.

Être entrepreneur à Madagascar c’est avoir la foi inébranlable qu’on peut changer les choses par la voie du travail et du mérite.

Nouveau : ne restez plus seul à entreprendre, rejoignez la communauté des entrepreneurs de Madagascar dans le Salon de Stileex.

6 Commentaires

  1. Wazimbas Räben

    Simon.
    Merci pour tout le partage.
    Pas pour prendre le “19” comme nous, malagasy avons souvent l’habitude de dire, mais, Madagascar a besoin de personnes conscientes comme vous et qui prennent en main après analyse l’avancement du pays.
    Merci !

  2. Jean-Marc Rolland

    Superbe article…
    Où se trouve IKM ?

    • Stileex Stileex

      Merci! L’IKM se trouve dans le quartier d’Antsahavola, à la tour Sahavola plus précisément. J’espère vous y voir le 26 :)

      • Jean-Marc Rolland / 侯壮马 / 1975jmr

        tour antsahavola c’est noté (je viens de voir une news linkedin de mino que c’est au 2ème étage ? c’est l’immeuble où il y a l’ambassade suisse ou ARO ?)

        • Stileex Stileex

          Oui c’est au 2e étage, par contre je ne sais pas si l’ambassade suisse se trouve là bas. Vas vers la MCB, tu ne pourras pas nous rater :)

  3. Nivo

    Merci pour ce partage qui me redonne de la motivation!!! Merci!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here