17/01/2018. Sur les 2 600 000 habitants que compte aujourd’hui Antananarivo 700 000 vivent en zone inondable. Durant la période cyclonique, eaux de pluie et eaux usées se mélangent dans les bas-quartiers laissant les habitants sans possibilité de se protéger et les exposant à de graves problèmes sanitaires.

La commune urbaine d’Antananarivo dispose d’un réseau de 200 km d’égouts. Les moyens, dont est doté le service de la voirie, sont insuffisants tant en effectif qu’en matériel pour nettoyer et curer les canaux d’évacuation, les caniveaux, les dalots et les buses sous-terre. Les eaux usées et les eaux pluviales se déversent dans un seul réseau alors qu’initialement, il était prévu que deux réseaux séparés les recueillent. Quand le canal Andriantany déborde, tous les bas-quartiers sont inondés.

La détresse des habitants des bas-quartiers
La détresse des habitants des bas-quartiers d’Antananarivo

Sur le vif

Sur les cinq secteurs du fokontany Manarintsoa, 50% des habitations ne sont pas équipées de toilettes et de douches : « Il est difficile pour nous de reconstruire nos toilettes en fosses perdues, car nous n’avons pas assez d’espace. Il en est de même pour les douches. Nous avons, là aussi, des difficultés à évacuer l’eau ».

Comme André, la majorité des habitants des secteurs III et IV ne disposent pas de latrines chez eux ; seul 1% en est équipé. Ainsi, la location de douche est une pratique courante dans ce quartier.

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Les habitants jettent des déchets organiques dans le canal Andriantany, le principal réseau d’évacuation de nombreux quartiers, faute d’assainissement. En majorité, 70% des ménages de la capitale ne sont équipés qu’en toilettes non hygiéniques. 17% seulement sont connectés à des égouts. Ils ne sont que 1% dans les communes de la périphérie.

Quartier inondé à Tana
Quartier inondé à Tana

Une ville comme un archipel

La domestication de l’eau est une préoccupation très ancienne à Antananarivo. Dès la fin du XVIème siècle, les premiers travaux d’endiguement de la rive gauche de l’Ikopa ont été entrepris. L’irrigation a ainsi permis d’accroître la production de riz.

De vocation rurale, la plaine est progressivement devenue – sous la pression de la croissance urbaine – une zone d’habitat et d’activité accueillant plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le 24 avril 1959 et les 5000 sinistrés sont restés dans la mémoire des Tananariviens comme l’une des plus graves inondations qu’a connu la ville. La situation géographique de la capitale ne permet pas l’écoulement rapide des eaux de ruissellement. La pente de l’Ikopa, très faible, ne favorise pas l’évacuation des trop-pleins.

A ce contexte naturel s’ajoutent les conséquences de l’urbanisation de la ville. Malgré la construction de la route digue sur la rive droite de l’Ikopa, à la fin des années soixante, les inondations reviennent périodiquement avec la saison des pluies.

Les plaines sont inondées à cause de l’obstruction des drainages, mais pas uniquement. La montée des eaux est également due au développement des remblais. Les risques d’inondation sont toujours grands et finalement ont toujours existé. Il faudrait d’énormes moyens financiers pour résoudre ce problème.

La construction d’une station de pompage pour vider les eaux de pluie qui s’accumulent à l’intérieur du polder d’Ambodimita s’est avérée nécessaire. La France a alloué une aide budgétaire de près de 2 millions d’euros en 1999 pour achever les travaux d’installation de ces pompes.

Evacuation de sinistrés
Evacuation de sinistrés

Depuis, ce système n’a pas permis de réduire significativement les inondations. L’APIPA (Autorité pour la Protection contre les Inondations de la Plaine d’Antananarivo) estime que la solution passe aujourd’hui par la construction d’un nouveau barrage à Bevomanga qui permettrait, grâce à de nouvelles pompes, d’intervenir plus efficacement.

La Direction de l’assainissement du Ministère des eaux insiste, elle, sur les difficultés de son département pour entretenir le réseau d’évacuation des eaux. Le manque de moyens financiers ne permet pas de garantir le fonctionnement des pompes des 5 stations d’évacuation. Celles-ci ne fonctionnent en moyenne qu’à 30% de leurs capacités. À cela s’ajoute l’engorgement du canal d’Andriantany et de l’adducteur C3 qui ne sont pratiquement plus opérationnels.

Ils ont un besoin urgent d’être curés. Cette option, pourtant nécessaire, se heurte à un autre problème : celui du stockage des déchets des canaux qui ne peuvent plus être évacués sur la décharge d’Andralanitra, actuellement saturée. En attendant, des solutions d’urgence ont été mises en place. Après le passage du cyclone AVA, l’État a été contraint de louer des pompes pour compenser le faible rendement des stations.

22 millions d’euros pour assainir Tana

Opération de curage dans les bas-quartiers de Tana
Opération de curage dans les bas-quartiers de Tana

Si la mémoire a retenu les sinistrés de 1959, la situation des 100 000 personnes déplacées ou sinistrées début 2015 est encore dans tous les esprits. Un programme intégré d’assainissement d’Antananarivo a été depuis mis sur pied. Il vise améliorer les conditions de vie des habitants de la capitale.

L’enveloppe globale de ce programme de 22 millions d’euros est rendu possible par un prêt de l’AFD (Agence Française du Développement). Ce projet est complété par une contribution de l’Union Européenne de 2,8 millions d’euros. L’État malgache s’est, quant à lui, engagé à hauteur de 6,2 millions d’euros.

Voir également : Un après la Conférence des bailleurs de Madagascar à Paris

Ces moyens sont destinés à la lutte contre les inondations, en priorité dans les quartiers les plus vulnérables. Les travaux vont porter sur les réparations des réseaux d’assainissement et les cinq stations de pompage de la capitale.

Pour Jérôme Bertrand-Hardy, le directeur de l’AFD, « c’est un projet qui vise, d’une part, à augmenter et rétablir même les capacités du système actuel de maîtrise des inondations en refaisant des stations de pompage et en curant des canaux. Et d’autre part, à mettre en place une stratégie qui vise à permettre que ce système soit bien entretenu dans les années à venir, et aussi à faire face à sa nécessaire expansion avec l’expansion de la population d’Antananarivo ».

Repère

La croissance de la population urbaine :

  • 1896 : 50 000 habitants
  • 1902 : 51 622 habitants
  • 1913 : 64 440 habitants
  • 1933 : 100 852 habitants
  • 1941 : 142 613 habitants
  • 1950 : 179 925 habitants
  • 1958 : 201 324 habitants
  • 1960 : 200 000 habitants
  • 1998 : 902 944 habitants
  • 2007 : 1 800 000 habitants
  • 2017 : 2 600 000 habitants

Vulnérabilité de la ville de la capitale

Antananarivo ainsi que la majorité des grandes viles de Madagascar sont classées en haut de l’échelle mesurant la cote de vulnérabilité des secteurs à risque. Celle-ci tient compte cumulativement des risques de cyclones, d’inondations, de glissements de terrain et de sécheresse.

Les catastrophes sont de plus en plus fréquentes depuis les dernières décennies. Les changements climatiques affectent en priorité les habitants des quartiers pauvres établis sur des terrains en pente raide ou dans des zones mal drainées. Le changement climatique modifie également les modèles de migration rurale-urbaine et intra-urbaine.

Voir également : L’énigme et le paradoxe, analyse des crises socio-politiques à Madagascar

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