Portrait de Wolfgang et Basilisse Pflüger de l’ONG Madagasikara Namako

17/10/2018. C’est au salon de la rentrée littéraire et scolaire 2018 organisé par l’Association des Libraires de Madagascar (ALM) que nous avons rencontré ce charmant couple. Leur cause m’a particulièrement touchée ainsi que les raisons qui les ont poussés à agir. J’ai donc décidé d’écrire un article sur eux pour vous en parler.

Un mariage heureux 🙂

C’est en 1968, par l’entremise d’un groupe d’amis, que ce charmant couple s’est rencontré en Aix-Marseilleen FranceWolfgang Pflüger, un jeune allemand, poursuivait alors des études en biologie marine en Bretagne et Basilisse Rakotomalala, une Malgache, y suivait des études d’allemand. La suite, vous la connaissez :).

En 1972, Wolfgang vient s’installer à Madagascar rejoindre sa bien-aimée, devenue entre-temps enseignante au Lycée Moderne Ampefiloha, et il l’épouse dès l’année suivante. Il embrassera lui-même une carrière d’enseignant à l’Université d’Antananarivo, une activité qu’il continuera à assurer malgré leur départ de la Grande Île en 1975.

Après avoir discuté avec eux, je me suis aperçue que le très sympathique monsieur en savait beaucoup sur la Grande Île, contrairement à ce que l’on penserait en le voyant (honte sur moi ^^’). Il parle la langue, connaît nos villes et même l’histoire de notre pays ! Pour lui, Madagascar est sa deuxième maison.

Wolfgang et Basilisse Pflüger

L’ONG « Madagasikara Namako » ou « Madagascar mon ami »

Madagasikara Namako est une association à but non lucratif, apolitique et non confessionnelle qui a vu le jour en 2007 grâce à l’initiative de ce couple, marié depuis 45 ans. C’est une organisation de droit allemand où ils travaillent bénévolement. Leur objectif ? Inciter les Malgaches à lire en malgache, que ce soit dans le pays ou à l’étranger.

Ils se sont en effet rendu compte que notre langue était toute jeune, d’un point de vue linguistique, que l’on n’avait même pas de tradition écrite et que tout se faisait à l’oral avant le XIXe siècle. Pour initier un changement en douceur, ils ont alors décidé d’agir à la racine en touchant les enfants et en leur faisant aimer la lecture.

Madagasikara Namako en quelques mots

« Boky namako »

« Boky namako », c’est une collection de petits livres de contes en malgache d’une dizaine de pages spécialement taillés pour des petites mains d’enfants. On y trouve des contes traditionnels de la culture malagasy, mais également des contes étrangers, traduits et adaptés avec des mots minutieusement choisis pour coller à la tradition malgache.

Cette collection compte actuellement 14 titres de contes malagasy comme « Imaitsoanala », « Izy telo mirahavavy nanambady fosa » ou « I Goa sy Kepeke », des angano (contes) qui viennent de différentes ethnies de Madagascar. Il s’agit vraiment de partager notre culture et de la faire connaître aux enfants.

Un conte de « Boky Namako »

Dans le lot, il y a également 3 titres de contes étrangers comme « Ilay gana kely ratsy tarehy » (Le vilain petit canard d’Andersen), « Ikalasatromena » (Le petit chaperon rouge des frères Grimm) et « Ilay saka be baoty » (Le chat botté de Charles Perrault). Beaucoup leur reproche de traduire ces contes-là au lieu de continuer à promouvoir celles du pays. Ce qu’ils ont à y répondre ? Ces traductions permettent tout simplement aux enfants de découvrir d’autres cultures via leur propre langue, ce qui est très bien pensé je trouve (j’ai tout de suite pensé que ça serait bien d’avoir des romans comme ceux d’Anna Todd comme After en malgache xD).

Un conte de "Boky Namako"
Un conte de « Boky Namako »

Dans le lot, il y a également 3 titres de contes étrangers comme « Ilay gana kely ratsy tarehy » (Le vilain petit canard d’Andersen), « Ikalasatromena » (Le petit chaperon rouge des frères Grimm) et « Ilay saka be baoty » (Le chat botté de Charles Perrault). Beaucoup leur reproche de traduire ces contes-là au lieu de continuer à promouvoir celles du pays. Ce qu’ils ont à y répondre ? Ces traductions permettent tout simplement aux enfants de découvrir d’autres cultures via leur propre langue, ce qui est très bien pensé je trouve (j’ai tout de suite pensé que ça serait bien d’avoir des romans comme ceux d’Anna Todd comme After en malgache xD).

2 000 exemplaires

Chaque titre a été imprimé en 2 000 exemplaires, ce qui est énorme pour des livres pour enfants ET en malgache en plus ! D’après les dires de Mme Basilisse, les livres pour enfants sont généralement imprimés en 500 exemplaires maximum et mettent environ 10 ans à être écoulés, souvent à cause du prix (pour info, plus le nombre de livres édités est élevé, plus les coûts seront dégressifs).

Madagasikara Namako est d’autant plus méritant quand on se rend compte que, comme il s’agit de bénévolat, ces mignons petits livres ne sont aucunement subventionnés malgré le fait que beaucoup d’organismes ont voulu participer à l’aventure.

Boky Namako, des petits livres de contes pour enfants à 1 500 Ariary

Des bibliothèques en milieu carcéral

Cela peut vous paraître absurde, mais « Madagasikara Namako » n’agit pas seulement pour les enfants : l’ONG œuvre aussi à mettre en place des bibliothèques dans les prisons de la Grande Île pour éduquer les détenus et les préparer à leur réinsertion.

Selon Wolfgang, la prison centrale d’Antananarivo compte environ 3 500 prisonniers, dont 350 femmes et mineurs. Dans chaque cellule s’entasse jusqu’à 120 personnes, ce qui ne laisse, vous vous en doutez, aucune place où dormir. Ils ne voient pas leurs familles, n’ont droit à aucune activité intellectuelle et physique, et ne sont même pas préparés à leur réinsertion dans la société : seuls 50 % d’entre eux savent lire.

Seuls 50% des détenus savent lire à Antanimora

Mais comment en sont-ils arrivés à agir pour les détenus, ces malfrats qui ont fait du tort à la société ? Je vous raconte ma discussion avec Mme Basilisse. J’étais dubitative au départ, mais après avoir entendu leur histoire, j’ai changé d’avis.

Discussion avec Mme Basilisse Pflüger sur les actions de Madagasikara Namako en milieu carcéral

Racontez-moi un peu cette aventure dans le milieu carcéral de Mada

Dans notre pays, personne ne fait du bénévolat pur et dur. Soit on le fait au sein de la famille, soit au niveau de clans ou d’associations. Pourtant, il fallait faire quelque chose pour la communauté. Je voulais aider mon pays et retourner en Allemagne par la suite.

Ma première pensée fut pour les femmes malgaches : elles ont une forte personnalité, prennent des initiatives et ont du talent. Mais après coup, je me suis rendu compte qu’il existait déjà de nombreux organismes qui allaient dans ce sens-là. Ensuite, il y a eu les enfants, mais je ne pouvais pas faire grand-chose non plus (à part avec l’ONG).

Alors pourquoi pas les vieux, qui sont envoyés dans les foyers de vie, abandonnés par leur famille me suis-je dite. Ça me choque au plus haut point, mais je n’en veux à personne, c’est les circonstances qui doivent pousser les gens à le faire. J’ai donc participé à la communication pour le foyer de vie à Andrainarivo. Mais après quelque temps, je n’ai pas trouvé ma place, les actions ainsi que les personnes étaient, si je peux le dire, très molles alors que moi, je suis plutôt dynamique. Je les ai donc quittés pour chercher ma voie.

Et un jour, tout à fait par hasard, des amis anglais m’ont appelée pour les accompagner à enseigner la Bible aux mineurs de la prison d’Antanimora. Dans ma quête d’œuvres sociales, je n’ai pas hésité à y aller. Il fallait ramener un petit quelque chose comme des assiettes. J’avais un peu peur de ce qui m’attendait. Arrivée là-bas, à ma grande surprise, j’étais la seule que ces enfants ne connaissaient pas. Ils étaient très amicaux, avaient entre 12 et 16 ans et étaient environ une soixantaine. Des enfants… Nous avons par la suite mangé avec eux et comme je suis mère de famille, mon cœur a éclaté quand ils nous ont serré la main. Ça se voyait qu’ils avaient un cœur pur et qu’ils étaient vraiment reconnaissants. Ils voyaient en nous une sorte d’espoir ou de salut. J’étais sûre que ce sont les circonstances qui les ont menés là où ils sont et qu’au fond, ils ne rêvent que d’une chose : un avenir. Ce n’était que des enfants et ils étaient déjà en prison.

À travers une fenêtre de prison à Antanimora

Sur-le-champ, j’ai su ce que je devais faire et ça fait plus de 10 ans que je le fais avec mon mari.

Comment fonctionnent ces bibliothèques en milieu carcéral ?

Avec l’accord du Ministère de la Justice, nous travaillons avec le personnel carcéral et installons des bibliothèques afin de préparer les détenus à leur réinsertion sociale. Avec ça, nous voulons réinstaurer la confiance qu’ont les gens en eux ainsi que leur estime d’eux-mêmes. On a mis en place le même système que dans toutes les bibliothèques avec des cartes d’adhérents, etc. Cela nous permet aussi de garder un œil sur les livres.

Nous nous chargeons de mettre la bibliothèque en place, d’acheter les livres et quand elle devient autonome, nous la laissons entre leurs mains. Nous ne faisons plus que des contrôles après. Mais on se réserve toujours le droit de fermer la bibliothèque si jamais cela devient ingérable et que des pertes surviennent.

Où se trouvent les bibliothèques de Madagasikara Namako ?

En 10 ans, nous en avons ouvert beaucoup. Je peux vous en citer quelques-uns : la prison pour femmes de Manjakandriana, mais aussi à Itasy, Miarinarivo, Arivonimamo, Ambatolampy, Antsirabe, Fianarantsoa, Manakara, Antanimora, Ihosy, Mananjara, Tôlagnaro, Morombe…
Nous savons tous dans quelles conditions vivent les personnes en prison, mais je vous assure les détenus lisent ! Notre plus grande bibliothèque est celle d’Antanimora avec plus de 3 500 livres.

Nous sommes les plus gros acheteurs de livres dans le pays, mais on se limite à 35 000 Ariary par titre. Il y a même des libraires qui nous saluent, car nous possédons des œuvres que même eux n’ont pas. On cherche vraiment à offrir le meilleur de tout notre cœur.

Autre chose : on a réussi à introduire depuis 2014 les journaux quotidiens dans nos bibliothèques, ce qui était interdit auparavant. Le tout se fait par contre sous réserve de censure des actes violents.

Se cultiver, même en étant en prison,

Une autre question, vu que vous nous aviez dit que vous recensiez chaque lecture, pouvez-vous nous dire quel est le genre littéraire des détenus ? Qu’est-ce qu’ils lisent et en quelle langue ?

Mon mari et moi-même sommes passionnés de lecture, une passion que nous avons transmise à nos enfants et petits enfants. Nous voulons transmettre cette passion à tout le monde, mais l’un des plus grands défis à Madagascar reste le passage de la tradition orale à l’écrit. Voilà pourquoi nous voulons agir directement auprès des enfants en âge préscolaire, à partir de 3 ans, pour qu’ils puissent garder la passion pour la lecture en grandissant.

Concernant « Boky Namako », qu’est-ce qui vous a donné l’idée ?

Mon mari et moi-même sommes passionnés de lecture, une passion que nous avons transmise à nos enfants et petits enfants. Nous voulons transmettre cette passion à tout le monde, mais l’un des plus grands défis à Madagascar reste le passage de la tradition orale à l’écrit. Voilà pourquoi nous voulons agir directement auprès des enfants en âge préscolaire, à partir de 3 ans, pour qu’ils puissent garder la passion pour la lecture en grandissant.

Boky Namako lu dans les écoles

C’est là toute l’idée derrière « Boky Namako » : de petits livres de 10 x 10 cm adaptés aux plus jeunes contenant des contes traditionnels dit « angano lovantsofina » (contes oraux) issus de différentes régions de Madagascar. Ils sont écrits et illustrés par des artistes malgaches en association avec la section « langue malgache » de l’Académie malgache et des spécialistes du livre.

Sinon, nous avons aussi des CD depuis 2015, où nous proposons des comptines malgaches. Et comme le dit si bien mon mari, « Si vous trouvez un seul mot qui n’est pas malgache, on vous rembourse. »

Notre « co-stand » avec Madagasikara Namako au salon du livre 2018 😀

Il y a encore plein de choses à dire sur ce couple, amoureux de la patrie et soucieux d’aider leur prochain. Après leur avoir parlé, je dirais que leur cause est noble et juste.

Pour vous procurer ces petits livres mignons, c’est à la librairie Saint-Paul qu’il faut aller. Ils sont également présents dans tous les salons du livre et littérature à travers le pays et à l’étranger. Oh, et si vous voulez vous joindre à eux, il faudra déjà être sûr d’en avoir assez dans le ventre xD. L’adhésion se fait en versant des côtisations annuelles.

Vous pouvez contacter l’ONG Madagasikara Namako par email à l’adresse [email protected] ou [email protected]. Pour info, ils cherchent des auteurs et des illustrateurs :).

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