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27/05/2018. “3 milliards de vies humaines prirent fin le 29 août 1997. Les survivants de l’incendie nucléaire, appelé la guerre du Jugement Dernier, ne vécurent que pour affronter un nouveau cauchemar : la guerre contre les Machines.” Ça, c’est Terminator 2. Un excellent classique, une source inépuisable de fantasmes pour les geeks (T-1000…. *_*), mais c’est surtout le premier film à mettre en scène avec talent les conséquences d’une insurrection des machines. Mortelles les conséquences hein, sinon c’est pas drôle. Depuis, tout le monde a peur que les méchants robots ne liquident l’humanité et ne prennent le contrôle du monde. Le plus intéressant/effrayant, c’est que dans ce “tout le monde”, on peut compter de sérieux visionnaires comme le regretté Stephen Hawking et l’excentrique Elon Musk. Mais si certains prédisent volontiers la disparition de la civilisation, d’autres craignent un danger un peu moins apocalyptique, mais tout aussi dramatique : l’extinction de la classe moyenne.

La classe moyenne, cette arlésienne

Qu’entend-on vraiment par classe moyenne ? Parce que oui, c’est bien beau de crier au loup, encore faut-il définir clairement de quoi on parle. Pour ça, retournons un instant sur les bancs de l’école.

Longtemps on nous a dit que la classe moyenne, ben c’est cet intermédiaire qu’il y a entre la classe populaire et la classe aisée. Ouais, mais encore ? En réalité, définir la classe moyenne est un exercice difficile vu qu’il n’y a pas de véritable consensus sur le sujet. Les points de vue divergent et les critères pour en délimiter le cadre varient d’un pays, voire d’un organisme à un autre. D’ailleurs, les critères socioprofessionnels sont tellement nombreux qu’on préfère alors parler de classes moyennes, au pluriel, avec une classe moyenne supérieure et une classe moyenne inférieure.

Classe moyennePour découper les classes, la première tentation est de se baser sur le salaire et donc sur l’emploi. Techniciens, fonctionnaires et autres cadres intermédiaires appartiennent ainsi à la classe moyenne, tandis qu’ouvriers, agriculteurs et simples employés rejoignent les rangs de la classe populaire. Quant aux cadres supérieurs, dirigeants et hauts fonctionnaires, ils atterrissent dans la classe supérieure. En réalité, se suffire d’une telle définition est réducteur puisqu’il faudrait aussi y intégrer d’autres notions comme le niveau de vie, le patrimoine, la composition du foyer, etc. De là, tout est possible : pour certains, les classes moyennes sont ceux qui appartiennent à la tranche incluse entre 70 et 150% du revenu médian. D’autres avancent qu’elle est représentée par la population placée pile sous les 20% plus riches et au-dessus des 30% plus pauvres. Pour avoir ces chiffres, il “suffit” de classer les revenus de la population en 10 groupes identiques de 10% chacun, ce qu’on appelle des déciles.

Mais on s’éloigne du sujet. Si aucune définition officielle ne vient véritablement encadrer la détermination des classes moyennes, toutes études, délibérément ou non, se rejoignent sur un postulat que, qu’elles veuillent bien me pardonner, je me permets de traduire par mes propres mots : les classes moyennes, ce sont ces personnes pas assez riches pour vivre aisément, mais pas assez pauvres non plus pour être réellement en difficulté. Paf, problem solved.

The rise of the machines

Troisième volet de la série des Terminator, The Rise of the Machines dit bye bye au T-1000, hello au T-X (*_*) et bienvenue à l’apocalypse. Mais si Skynet a tout fait péter dans le film, l’avènement des machines dans notre réalité se fait, lui, de manière plus discrète. L’enjeu n’est alors pas la fin du genre humain, du moins pas tout de suite, mais celle de la classe moyenne qui, entre nous, n’avait pas vraiment besoin que les robots s’en mêlent pour être sous pression.

The Rise of the MachinesAlors, concrètement, qu’est-ce donc que ce soulèvement des machines ? Tout simplement la révolution numérique qui, après avoir été un formidable facteur de croissance, a fini par apporter des outils inédits aux entreprises leur permettant d’augmenter rentabilité et performance au détriment du facteur humain. Algorithmes, intelligence artificielle ou encore deep learning, autant de mots barbares au service du “aller plus vite” et du ROI (retour sur investissement). Au fil du temps, les machines, d’abord manipulées par l’Homme, deviennent plus intelligentes, autonomes, et capables d’analyser des millions, voire des milliards de fois plus d’informations que l’humain (qui a dit big data ?). Ainsi Amazon, roi incontesté de l’e-commerce, pharaon de la livraison dans la journée et tsar de l’efficience en tout temps, utilise aujourd’hui plus de 100 000 robots dans ses entrepôts. En 2014, ils étaient 15 000. A terme, Jeff Bezos, fondateur et CEO de la marque au sourire, veut automatiser l’e-commerce à l’instar de son tout premier magasin Amazon Go ouvert en janvier 2018. Cette supérette est totalement automatisée sans caisse ni caissiers et ne fonctionne qu’avec… 6 employés.

Amazon Go
Amazon Go

Pour faire bonne mesure, vous pensez bien que cet exemple se retrouve dans tous les secteurs : dans le transport, voitures, camions et avions deviennent autonomes, sans compter les drones de livraison. Dans les services, les banques se dématérialisent, les assurances aussi, les robots d’aide à la personne sont déjà une réalité, et la télémédecine n’est plus une nouveauté. Mais il y a mieux. Quand un fan désabusé apprit à une IA à supprimer la moustache de Superman dans Justice League, le monde découvre, amusé, qu’un geek pouvait faire mieux que la post-production d’un blockbuster à 300 millions de dollars. Dans les faits, c’est tout un métier qui tremble dans ses chaussettes. Qui a besoin d’un studio de graphistes coûtant un bras quand un core i7 et un logiciel de deep learning suffisent ?

Cela étant, l’exemple le plus représentatif de la menace que représentent les machines sur nos métiers est à prendre ailleurs. Connaissez-vous les éditeurs WySiWyG, un acronyme amusant pour “What you See is What you Get” ? Avant, il fallait obligatoirement passer par la case dev web pour avoir son site internet. Maintenant, il suffit d’installer Dreamweaver, TinyMCE, ou KompoZer pour les Linuxiens, et le tour est joué. On peut même remplir un formulaire sur une plateforme en ligne et avoir son site en une dizaine de clics. Alors oui, le résultat ne sera pas aussi souple que ce qu’un barbu ferait avec ses mignons petits doigts, mais ne nous voilons pas la face : il suffit aujourd’hui que ce soit en flat design pour que le client prenne son pied. Et puis, il faut garder en tête que, progrès technique oblige, ce n’est guère qu’une question de temps avant que le WySiWyg ne rattrape son retard qualitatif en devenant toujours plus efficace et intuitif à utiliser. Alors, le métier de développeur web est-il voué à disparaître ? On y reviendra.

L’exemple américain

L’effondrement du marché du travail est déjà en marche, mais il serait prétentieux d’avancer que les robots en sont la cause. Mondialisation, délocalisation, prix de l’immobilier, vieillissement de la population, la classe moyenne allait déjà mal et ça ne va pas s’arranger.

Le très sérieux Washington Post a écrit dans ses colonnes en 2010 que cette première décennie du 21e siècle n’aura en fait vu la création d’aucun emploi aux États-Unis. Pire, la proportion d’offres d’emploi très peu qualifié a explosé, et si l’on note tout de même des offres pour de hautes fonctions, celles pour des postes mi-qualifiés destinées à la classe moyenne se font de plus en plus rares.

L’université d’Oxford, quant à elle, s’est penchée sur 702 métiers susceptibles d’être informatisés et les conclusions ne sont guère réjouissantes : à en croire les chercheurs, 47% des emplois américains devraient disparaître à l’horizon 2033. Au cabinet McKinsey & Company, numéro un mondial des cabinets de consulting, ensuite d’enfoncer le clou en prophétisant que 45% des métiers qualifiés suivraient la même route. Ce ne sont donc pas que des emplois comme serveurs, secrétaires ou dactylos qui sont menacés par les robots, mais bien des emplois nécessitant réflexion comme auditeur ou inspecteur des impôts. Parce qu’en fin de compte, les grands livres, bilans et autres comptes de résultat, ce ne sont que des données. Et qui sont les plus fortiches pour analyser vite, bien et de façon impartiale des données ? Les machines bien sûr !

Selon Tyler Cowen, superstar des économistes, seuls 10 à 15% de la population américaine sauront profiter du numérique tandis que les plus malchanceux seront subordonnés à des machines intelligentes et verront leurs revenus diminuer ou stagner. Il prédit ainsi ce qu’il appelle la polarisation des classes moyennes : une minorité montera de niveau pendant que la vaste majorité tombera dans la classe populaire. Le modèle en sablier n’en sera alors que plus exagéré.

Évolue ou meurs ?

L’intitulé est un chouia racoleur, j’avoue, mais il faut tout de même remarquer que le numérique est la plus grosse révolution qu’ait connue notre société depuis l’ère industrielle. Une révolution majeure qui, contrairement à ce que l’on a pu voir depuis l’âge de pierre, semble sans limites tellement les possibilités qu’elle offre sont infinies. A-t-on vraiment d’autres choix face à une telle inéluctabilité ?

Allumeur de lampadaires à gazLe progrès technologique a toujours eu le chic de faire perdre aux gens leur travail. Prenons la révolution industrielle. Elle a sonné le glas de millions d’emplois de par le monde en éradiquant la majorité des travailleurs à col bleu. La mécanisation de l’agriculture a ainsi drastiquement diminué les besoins en main d’œuvre dans les fermes, le passage du gaz à l’électricité a mis les gars chargés d’allumer les lampadaires au chômage et, plus cocasse mais on ne peut plus sérieux, le réveil matin a eu raison du réveilleur, ce bon diable qui venait toquer ou crier sous votre fenêtre comme quoi il était grand temps de délaisser Morphée pour rejoindre un monde plus rude.

De la même manière donc, ce sont cette fois les cols blancs qui sont menacés et ne sauraient résister longtemps à la révolution numérique. Les coupables ? L’intelligence artificielle et la robotique, ces deux mamelles généreuses qui nourrissent l’automatisation qui, elle, fera la peau aux classes moyennes. Et il serait vain de penser que les robots n’accapareront vraisemblablement que des métiers peu qualifiés, peu spécialisés et à faible valeur ajoutée. Il suffit de lorgner AlphaGo, l’IA qui a mis une déculottée au champion du monde de go (3 à 0, et le gars est loin d’être un demeuré) pour se rendre compte de ce qu’elles sont capables de faire. AlphaZero, la version améliorée de cette IA, a, elle, dépassé le niveau humain aux échecs en une seule journée en apprenant tout toute seule. Sachant qu’au tout début, elle ne connaissait que les règles du jeu, il y a là de quoi filer la chair de poule (Skynet, on t’a reconnu !).

AlphaZeroAlors oui, j’en vois certains qui s’insurgent : “Il y aura toujours besoin d’humain !” Et c’est vrai. Toutefois la bonne réflexion à avoir est de se demander où sera la place de l’Homme dans tout ça ? Le gars derrière sa charrue est devenu conducteur de tracteur, la secrétaire a troqué sa machine à écrire et son énorme tableau de planification pour un ordinateur, et le charbonnier vend maintenant du gaz. En gros, la disparition d’emplois causée par le progrès technique entraîne l’apparition de nouveaux autres dans d’autres secteurs d’activité, en respect total avec le concept de la destruction créatrice si chère à Joseph Schumpeter. Mais le principe a beau jusqu’ici s’être par de nombreuses fois vérifié, il ne nous sera pas vraiment d’un grand secours cette fois-ci. Inéluctabilité, révolution majeure, vous vous souvenez ? Je m’explique.

Depuis que le monde est monde, c’est le développement en continu de nouvelles compétences qui a permis à de nouveaux secteurs de se créer. L’évolution a été constante, l’esprit humain a toujours su briller par son ingéniosité et par ses facultés d’adaptation, ses mêmes facultés qui l’ont mis au sommet de la chaîne alimentaire grâce aux outils qu’il invente continuellement. Cette fois-ci pourtant, il a affaire à plus gros que lui. Une IA peut apprendre plus vite, “penser” plus vite et agir plus vite qu’un homme, fut-ce t-il un génie. Outil devenu concurrent, l’intelligence artificielle finira par rendre l’Homme redondant, voire obsolète. Un peu comme dans Terminator quoi. La situation sera telle que même une évolution constante et effrénée de nos compétences ne permettra pas de la résoudre. On remarque d’ailleurs aujourd’hui qu’à mesure que la technologie avance, travailler dur et bénéficier d’une éducation élevée suffit de moins en moins à garantir la réussite.

Revenons à notre développeur web, cette contradiction ambulante. La bulle Internet n’aurait jamais eu lieu sans lui, l’évolution vers le digital aurait été impossible sans ses compétences et le métier est, aujourd’hui encore, très demandé au point de voir les formations se multiplier ici et là. C’est bien simple, coder est devenu aussi essentiel que vendre. Et pourtant, presque 30 ans après son apparition, le voici quasiment condamné par ce même progrès technique qui l’a fait apparaître. Parce que oui, l’évolution du WySyWig est déjà là, ce sont les IA (encore elles !). Elles font un code propre, logique et aseptisé, un peu trop même pour ceux qui avancent que la créativité permettra toujours d’humaniser leurs codes. Une bonne assertion que voilà, mais ils devraient aussi jeter un coup d’œil à cette IA qui a pris des fleurs et en a fait des dinosaures. Vi ma p’tite dame, ça c’est d’la créativité.

Alors, quel lendemain pour les développeurs web ? Se mettront-ils à coder des IA ? L’avenir nous le dira sûrement.

Le mot de la fin

Aujourd’hui, c’est la classe moyenne qui est menacée, mais qui sait de quoi sera fait demain. Si l’on continue à croire que robots et IA sont la panacée aux maux du capitalisme, la solution parfaite au “toujours plus vite pour toujours plus de profits”, il ne faudra pas s’étonner qu’un beau jour, ça nous retombe sur le coin de la figure. Pour sûr, les métiers évolueront et l’humain sera toujours là. Pas sûr par contre qu’il occupera toujours la même place qu’en ce moment.

Alors, peut-être qu’au lieu de foncer, il nous faudrait plutôt cogiter pour trouver un modèle qui marche, histoire de ne pas scier la branche sur laquelle on est assis. On pourrait humaniser le progrès par exemple, ou mettre des garde-fous, législatifs ou autres (comme pour le clonage, tient). Dans certains milieux, on parle même de salaire universel… Le débat, parce que c’en est un, est ouvert.

Andriatiana Rakotomanga

L'auteur de cet article : Andriatiana Rakotomanga

Geek et amoureux des mots, j'ai longtemps erré dans le monde du travail avant de trouver ma voie. Aujourd'hui, j'écris et ça fait du bien. J'œuvre à mon niveau et dans mon domaine pour de meilleurs lendemains pour mon pays. Rejoindre Stileex en tant que rédacteur en chef a donc été une évidence. Nous avons les compétences, nous sommes capables, à nous de le montrer au monde. À très bientôt pour de nouvelles aventures rédactionnelles ! Voir tous les articles de Andriatiana Rakotomanga

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