Soixante-sept… Oui, je t’ai laissée sans nouvelles,
Voilà six, sept ans que je me suis fait la malle.
Que veux-tu, tu m’oppressais, infestée, trop sale,
Tes bars, tes bruits, tes beuveries infernales.

Mais quoi ! Tu me manques… Tes mondes parallèles,
Tes allées joyeuses, tes grilles défensives,
Tes riches marchés, les miséreux sur tes rives,
Tes six tons sombres mêlés de sept teintes vives.

Alors, oui, je reviens vers toi, Six-sept, ma belle,
Je veux ton sol moite, tes dédales boueux.
Je veux courir les mêmes rues que tes gueux.
Marécages fétides, je n’ai connu qu’eux.

Je me languis, ma Six-sept, de tes ritournelles :
Fous brailleurs, délirants, au langage fleuri,
Affamés quémandant de quoi nourrir les truies,
Bus avides, vides, racolant à grands cris.

Soixante-sept hectares, sonores ruelles,
Carrefours grouillants de vie cacophonique,
Les échos des débats, des ébats, des cantiques,
Fripiers, vendeurs, clochards, klaxons et musiques.

Soixante-sept, amusements perpétuels :
De tes néons, micros, trottoirs, faisons le tour :
Boissons, fumées, orgies, tentations et atours.
Attire donc franges et fanges alentour !

Ma télé t’a captée, Six-sept, sous les truelles :
Cité perchée, toits, tôles, béton et bâtisses,
Tentacules peuplées où les cages se vissent
Coulez, mortiers, que dix étages se hissent !

Soixante-sept, couchers de soleil irréels,
Disque perdu dans tes voilages lénifiants,
Vapeur délétère et brouillard rouge-sang,
Du pourpre sur tes cimes, de l’or sur tes flancs.

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