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03/01/2018. Alors que le débat sur le réchauffement climatique a rebondi depuis le retrait des États-Unis de la COP 21, un certain nombre de pays, France en tête, appellent au respect des engagements pris à Paris, notamment sur l’abandon progressif des énergies fossiles. Madagascar qui a défendu cette position il y a quelques semaines encore, figure dans la liste des pays qui possède d’importantes ressources en pétrole non conventionnel. Comment gérer dans ces conditions cette apparence de conflit d’intérêt.

Le One Planet Summit

Mi-décembre 2017, le président français a organisé à Boulogne-Billancourt, dans la banlieue de Paris, le One Planet Summit. À cette occasion, il a réuni autour de lui, un certain nombre de chefs d’états et d’acteurs économiques et financiers. Le président Malgache a participé à cette rencontre suscitée en réponse à l’annonce par Donald Trump, de retirer son pays des accords de la COP21.

Le président Hery Rajaonarimpianina durant le sommet
Le président Hery Rajaonarimpianina durant le sommet

Lors de ce sommet le président français a lancé une mise en garde sur le réchauffement climatique. “On est en train de perdre la bataille” a-t-il prophétisé, “on ne va pas assez vite et c’est ça le drame. On doit tous bouger, car on aura tous à rendre des comptes”. Au cours de cette conférence, les pays du Nord ont promis de porter à 100 milliards de dollars par an, d’ici 2020, leurs financements pour le climat aux pays du Sud. De son côté la Banque mondiale a annoncé qu’elle ne financera plus les industries gazières et pétrolières après 2019.

La quadrature du cercle

Il y a quelques jours, un quotidien de la capitale malgache s’interrogeait, dans sa “Une”, sur la présence de Hery Rajaonarimampianina au One Planet Summit. Comment le président d’un pays misant sur le développement de l’exploitation du pétrole contenu dans son sous-sol, peut-il s’engager à abandonner les énergies fossiles indispensables à son développement. C’est dans le langage courant ce que l’on appelle la quadrature du cercle. Autrement dit une contradiction insoluble.

A cause ou grâce à ce contexte politique qui prône la vertu contre les intérêts financiers, Madagascar mise, au non du pragmatisme économique et de la nécessité, sur ses gisements de pétrole. A ce paysage contrasté s’ajoute les risques de pénurie, mis en avant par des spécialistes, qui rendent possible aujourd’hui leur exploitation malgré un coût d’extraction élevé.

Tsimiroro : tête de pont de l’exploration pétrolière à Madagascar

La plaine de Folakara est un passage obligé pour les “dahalo”. Les voleurs de zébus qui marchent de jour comme de nuit pour échapper aux forces de l’ordre ont donné son nom à Tsimiroro “là où on ne se couche jamais”. Ces vastes étendues herbeuses de l’Ouest de Madagascar ont connu régulièrement depuis le début du siècle dernier la fièvre de l’or noir.

Sur le site de pompage du pétrole de Tsimiroro
Sur le site de pompage du pétrole de Tsimiroro

De nombreuses compagnies pétrolières se sont succédées, sans lendemain, dans cette région pour extraire l’huile lourde de son sous-sol. Vers le début des années 1980, le Bemolanga a même connu un grand projet pour exploiter son schiste bitumineux. Mais à cette époque, le prix de revient de la production d’un baril s’établissait à environ 50 dollars alors que le prix du même baril sur le marché, se situait entre 18 et 20 dollars. Le pétrole de la plaine de Folakara a donc continué à dormir en attendant le réveil des marchés.

Le pétrole non conventionnel mis au jour

En 2004, l’OMNIS (Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques) décide de s’intéresser de près aux gisements de Tsimiroro. Entre-temps, le prix du brent n’a pas cessé de battre des records. L’Office lance alors un appel d’offre pour l’exploitation du site. Madagascar Oil Ltd signe cette année-là un contrat de partage de production sur 6 blocs, on shore, qui s’étendent sur 53.000 km².

Depuis le pompage de l’huile lourde a commencé. Pour permettre l’extraction, on utilise de la vapeur d’eau afin de réchauffer l’huile lourde emprisonnée dans la roche. Le procédé consiste à injecter de la vapeur dans les puits de forage avec un steamer pour rendre l’huile lourde plus visqueuse. Celle-ci se situe en moyenne entre 150 et 300 mètres de profondeur.

Echantillon d'huile lourde de Tsimiroro
Echantillon d’huile lourde de Tsimiroro

Le site de Tsimiroro recèle, selon les spécialistes, l’équivalent de 2 milliards de barils. Actuellement, Madagascar Oil dispose d’un stock de 160.000 barils. Selon les ingénieurs qui travaillent sur place, l’huile extraite peut être utilisée à Madagascar pour la production d’énergie électrique (il est question d’alimenter la principale centrale thermique de la capitale) mais aussi pour les besoins de l’industrie. Le projet de construction d’un pipeline relié à un port sur la côte ouest est toujours d’actualité.

Vers la fin de l’ère de l’or noir ?

Les prospections menées à Madagascar se situent dans un contexte de mise en cause des énergies fossiles. Le changement climatique et la prise de conscience des effets dévastateurs de l’utilisation du pétrole, auxquels s’ajoute la perspective de l’épuisement des ressources de l’or noir impactent négativement les opinions publiques.

La date butoir de l’ère du pétrole n’est pas totalement tranchée aujourd’hui. Les débats opposent les géologues tenants de la thèse pessimiste qui fixent, à partir d’extrapolations sur les ressources actuelles, en 2020 le pic et le début du déclin de l’hégémonie du pétrole sur l’économie mondiale.

À l’opposé, il y a les économistes optimistes qui pensent que les réserves seront suffisantes pour le XXIème siècle. L’écart entre ces deux visions s’explique par le fait que les économistes optimistes prennent en compte les éventuelles rentabilités économiques de certains gisements encore non exploités. Ce qui est le cas des réserves non conventionnelles, comme celles dont dispose aujourd’hui Madagascar.

Installations de Madagascar Oil sur le site de Tsimiroro
Installations de Madagascar Oil sur le site de Tsimiroro

Le monde possède encore, en effet, des réserves importantes en pétrole. À cela s’ajoute les efforts d’économie d’énergie et la progression des énergies alternatives dans les pays du nord. La catastrophe annoncée d’un monde privé de ressources pour s’éclairer, se chauffer et se déplacer n’aura sans doute pas lieu.

La vérité de demain se situera dans un moyen terme entre la fin du gaspillage et l’utilisation raisonnée de nouvelles ressources. Il y a quelques années, Cheikh Ahmed Yamanit, ministre Saoudien du pétrole pendant 40 ans, affirmait que l’âge de pierre n’a pas pris fin par manque de pierre. Selon lui “la fin du pétrole n’est pas proche, car les substituts existent. Mais il se peut que l’on atteigne la fin de l’ère du pétrole, car on n’aura plus besoin de pétrole grâce aux progrès technologiques. La fin viendra du côté de la demande et non de l’offre. Il ne sert à rien de créer l’épouvantail de la pénurie”.

La croissance toujours la croissance !

En attendant le modèle économique imposé par la mondialisation encourage la course effrénée à la croissance et ses effets sur la surconsommation des ressources. Les matières premières sont devenues la priorité des puissances industrielles et des multinationales.

Cette fuite en avant pour préserver les intérêts des possédants, qu’incarne le président Trump, se fait au détriment des pays du Sud qui voient se développer chez eux, des industries extractives de plus en plus envahissantes et leur pouvoir de pillage sans limite. Madagascar figure au tableau de chasse de ces prédateurs. Les sites de Rio Tinto à Fort Dauphin, d’Ambatovy sur la Côte Est, de Ranobe aux portes de Tulear, de Soalala, de Sakoa, de Manantenina et d’Ampasindava ont déjà transformé irrémédiablement la grande île. À ces gisements s’ajoutent ceux du pétrole des régions de Melaky et de Menabe.

Les risques pour l’environnement et les équilibres sociaux

Les compagnies présentes sur place, Madagascar Oil et Total, se montrent peu disertes sur leurs activités. Elles renvoient généralement, dans leur communication, au respect de leurs obligations sociétales. Ainsi la compagnie française a-t-elle dépensé 8 millions de dollars à Bemolanga et Morafenobe pour construire des infrastructures, critiquées d’ailleurs, par les populations concernées.

Carte des sites d'exploration petrolière dans l'ouest
Carte des sites d’exploration petrolière dans l’ouest

Le projet de Tsimiroro a de son côté, déjà mobilisé 300 millions de dollars d’investissements. L’autorisation d’exploiter le site a été assorti de conditions sociales pour les populations et environnementales. Le Melaky et le Menabe possèdent en effet, des milieux particulièrement fragiles. L’exploitation annoncée du pétrole, pourrait avoir des conséquences irréversibles sur le biotope (dont la pêche traditionnelle) et menacer des sites comme les tsingy du Bemaraha.

La malédiction des ressources potentielles

La fièvre du développement et de la croissance font peser de grands risques sur les équilibres traditionnels du pays. Un ministre des hydrocarbures a estimé à 1500 milliards de barils de pétrole les réserves de Madagascar, ainsi qu’un très important gisement de gaz dans le sud.

Le code minier rend difficile l’accès aux informations relatives aux activités extractives. Celles-ci sont confidentielles durant la période de validité des permis d’exploitation.

Difficile dans ces conditions d’avoir accès à des sources permettant d’éclairer l’opinion publique. Une enquête réalisée en 2010 a permis pourtant de lever un voile sur la question de la rétribution des compagnies internationales installées à Madagascar.

Le rapport indique que pour cette année-là, l’ensemble des recettes fiscales sur les principales compagnies minières et pétrolières sont restées inférieures à 39 millions de dollars soit un peu plus de 2,5% des montants perçus. Aujourd’hui l’essentiel des profits bénéficient aux actionnaires des sociétés extractives et bien sûr pas aux populations des régions qui abritent les activités minières et pétrolières.

Ainsi les experts de la Banque mondiale parlent de “malédiction des ressources potentielles” dont pourrait être victime Madagascar. Pour l’organisation, la distribution des recettes produites par les compagnies risque même d’être totalement confisquée par les élites qui contrôleront le pouvoir en établissant un “état néo-patrimonial”.

Voir également : Corruption Madagascar, objectif zéro, et Un an après la conférence des bailleurs de Madagascar

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