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02/08/2019. Le harcèlement sexuel, on penserait que ça n’existe que dans les films, ou du moins, en dehors de notre pays. Et c’est justement là que nous avons tort. Bien qu’on ne le voit pas tous les jours, il est bel et bien là, tapi derrière quelques allusions ou petits gestes lourds de sous-entendus. Sur le lieu de travail, dans le milieu scolaire, dans le cercle familial ou dans la rue, nous ne sommes à l’abri nulle part. Comme à notre habitude, nous sommes descendus dans les rues d’Antananarivo pour demander l’avis des Malgaches qui se porte aujourd’hui sur le « harcèlement sexuel à Madagascar ». Un sujet plutôt sensible qui nous a permis de soutirer certains aveux que vous découvrirez dans les lignes suivantes.

Résumé de l’avis des Tananariviens sur le harcèlement sexuel à Madagascar

Le point de vue des Tananariviens sur le harcèlement sexuel à Madagascar
Le point de vue des Tananariviens sur le harcèlement sexuel à Madagascar

Savez-vous exactement ce que c’est ?

Cette question, nous l’avons posée à tous ceux qui ont croisé notre chemin. Nous avons demandé par le biais d’une question à multiples choix, à ceux qui pensent pouvoir définir le harcèlement sexuel (78%) comment on le reconnaît. Les principales caractéristiques récoltées sont :

  • Montrer des photos/images à caractère sexuel (15%)
  • Adresser un regard lubrique (4%)
  • Faire des gestes déplacés (5%)
  • Avoir la main « baladeuse » (4%)
  • Faire des remarques déplacées (5%)
  • Propager des rumeurs de nature sexuelle (5%)
  • Raconter des blagues à caractère sexuel (5%)

Pour les 21% qui ne sont pas certains de le savoir, nous leur avons mentionné ces options ci-dessus et leur avons demandé lesquels de ces points constituaient, selon eux, les débuts d’un harcèlement sexuel. Dans le même ordre, les résultats correspondaient à 23%, 23%, 35%, 29%, 19%, 5% et 3%.

Le harcèlement sexuel peut se manifester par quelques gestes légèrement déplacés
Le harcèlement sexuel peut se manifester par quelques gestes légèrement déplacés

Donc, vous pouvez, à votre guise, exposer des photos coquines, faire le pitre en racontant des blagues salaces ou lancer de méchantes petites rumeurs sur un(e) collègue que vous n’appréciez pas trop pour mettre de l’ambiance au bureau. Mais sachez que si vous insistez trop sur une personne, cela peut se retourner contre vous et peut vous faire virer ou même vous faire poursuivre en justice. Alors, faites gaffe !

Le harcèlement sexuel est surtout visible dans les transports en commun de Madagascar !

Toujours avec une question à réponses multiples, nous les avons interrogés sur les lieux où ils voyaient souvent ce phénomène odieux.

Déjà que la qualité du transport à Madagascar laisse à désirer, il faut en plus que 40% de nos sondés désignent les bus d’Antananarivo comme la scène où se produit le plus ce genre de choses. Il y a vraiment de quoi décourager les Tananariviens à emprunter leur moyen de transport habituel pour aller au travail.

L’environnement professionnel et les lieux publics comme la rue ne trottent pas loin de ces transports en commun avec leur 35% et 31%. Même l’environnement familial (26%), les écoles (18%) et les réseaux sociaux (16%) ne sont pas épargnés.

Le lieu de travail, le deuxième endroit où le harcèlement sexuel se manifeste le plus à Madagascar
Le lieu de travail, le deuxième endroit où le harcèlement sexuel se manifeste le plus à Madagascar

Pour les 1% qui pointent les autres endroits du doigt, comme les bars et les boîtes de nuit, il faut dire que ce n’est pas étonnant. Après tout, ce sont les lieux où les Tananariviens sortent la nuit pour décompresser lorsque le week-end tant attendu arrive et, pourquoi pas, pour trouver de la compagnie avec un peu de chance. Dans ce contexte, les hommes et les femmes qui s’y aventurent doivent se préparer à recevoir les avances de la part de leurs congénères hétérosexuels et homosexuels ainsi que des Tananariviens infidèles à la recherche d’une petite escapade.

Les trois quarts de la population n’interviennent pas en cas de harcèlement

73% de nos sujets n’ont jamais assisté à une scène de harcèlement sexuel, mais les autres (27%) si. Les plus courageux (26%) parmi ceux qui ont été témoins de ce genre d’actes ont osé s’interposer. Ce qui veut dire que les trois quarts restants (14%) sont restés les bras croisés et ont préféré détourner les yeux !

Vraiment inadmissible, me diriez-vous. Oui, certes, mais compréhensible quand même. Souvent, cette cécité volontaire est due au fait qu’ils redoutent les possibles répercutions négatives de leur intervention.

Le harcèlement, juste une mauvaise habitude ?

Selon 51% de nos sujets, ceux qui s’adonnent au harcèlement seraient « victimes de mauvaises habitudes ». Nous ne saurions vous dire de quelles mauvaises habitudes il est question ici, mais il se peut qu’ils fassent allusion aux pitres qui aiment déstabiliser les gens de manière odieuse ou les machistes qui veulent exprimer leur virilité en abordant toutes les femmes qui les entourent, qu’elles soient réceptives ou non.

Ces harceleurs sont aussi qualifiés de « malades mentaux » et de « victimes de déficience sexuelle » respectivement par 11% et 37% de nos sondés. Si les individus qui laissent leurs mauvais penchants sexuels porter atteinte à l’intégrité des autres sont qualifiés de « victimes », on se demande bien où va le monde.

Même si près de 75% n’interviennent pas lorsqu’ils sont témoins d’un harcèlement, 89% de tous nos sondés pensent quand même que ces malfaiteurs méritent une punition. En revanche, 10% ne sont pas du même avis. Là nous répétons : « Mais où va le monde !? »

Les sentences sont variées, mais 62% d’entre eux sont pour les poursuites judiciaires. Il y a aussi d’autres propositions comme les avertissements verbaux (19%) et écrits (8%), la mise à pied (9%) ainsi que le renvoi (2%).

Les aveux de nos Tananariviens

Sur le total des effectifs sondés, 49% étaient des femmes et 51% des hommes.
Parmi les dames, 18% ont déjà été victimes de harcèlements contre 80% qui déclarent que non et 2% qui ont préféré ne pas répondre.

Un fait très rare, mais qui existe, des hommes se font aussi harceler sexuellement. Pour preuve, même si la quasi-totalité (98%) des hommes qui ont participé à notre sondage a affirmé ne jamais avoir été victimes de ce genre de comportement, il y a 2% d’entre eux qui nous ont avoué que si.

Nous avons regroupé dans le tableau suivant les lieux où ces victimes déclarent avoir subi ces méfaits :

FemmesHommes
A l’école11%4%
Dans l’environnement professionnel11%2%
Dans les transports en commun11%3%
Dans l’environnement familial5%1%
Dans la rue22%7%
Sur les réseaux sociaux5%1%

Ces harcèlements se sont présentés sous trois formes :

  • non verbale : 33% chez les femmes et 40% chez les hommes
  • physique : 55% chez les femmes et 50% chez les hommes
  • verbale : 12% chez les femmes et 10% chez les hommes

Certains d’entre eux (39% des femmes et 50% des hommes) ont osé en parler à quelqu’un de leur entourage pour demander conseil et savoir ce qu’ils devaient faire. Ces proches étaient surtout des amis (cas de 57% des femmes) ou de la famille (cas de 43% des femmes et 100% des hommes).

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les hommes sont aussi victimes de harcèlement
Aussi incroyable que cela puisse paraître, les hommes sont aussi victimes de harcèlement

Malheureusement, une bonne partie d’entre eux (61% des femmes et 50% des hommes) ont préféré taire la chose sûrement par peur des représailles ou tout simplement par honte.

Conclusion de ce sondage

Madagascar a beau être la plus grande île de l’Océan Indien et le sanctuaire d’une richesse insoupçonnée (animaux endémiques, biodiversité, flore exceptionnelle, bois et pierres précieuses, etc.) il n’est pas pour autant épargné par le fléau que représente le harcèlement sexuel.

En dépit de ce qu’ils savent de cette infamie, il y a 10% des Malgaches qui pensent que les auteurs ne méritent pas de punition. À croire qu’ils soutiennent ce mouvement. Comment ne pas être désolé et choqué par une telle mentalité ?

Le plus navrant est selon moi le fait que la majorité des harceleurs n’ont pas été appréhendés et sanctionnés. En effet, sur les victimes enregistrées de notre sondage, 89% des femmes et 99% des hommes nous ont confié que ceux qui leur ont fait subir ces horribles tourments n’ont pas été punis comme il se doit. C’est si accablant que je n’en ai plus les mots.

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Mialitiana JoannahTatianah Tiavintsoa Auteurs de commentaires récents
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Tatianah Tiavintsoa
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Cet article est vraiment intéressant, merci @Joannah. C’est vrai qu’à Madagascar, la plupart des Malgaches ne savent pas exactement ce qu’est l’harcèlement. De plus, même ceux qui vivent la situation se taisent et préfèrent ne pas y penser. Je pense que les femmes sont les plus concernées ici. Et le plus choquant, c’est que les coupables s’en tirent trop facilement. Par contre, les victimes vivent dans la peur. Ce qui arrive le plus souvent, c’est que lorsqu’une femme se fait harceler dans la rue, personne n’ose dire quoi que ce soit, et la société ne s’en mêle pas. La faute est tout de suite rejetée sur la femme, sur sa façon de s’habiller et tout. Pourtant, je pense que chacun de nous est responsable et on doit agir face à ce genre de situation.